Cannaweed.com : Le portail francophone de la culture de cannabis, les engrais cannabique, aide à la culture, guide pour débutant
  CannaWeed.com, Le portail francophone du Cannabis cannabis france cannabiculteur francais cannabis belgique cannabiculteur belge cannabis suisse cannabiculteur swiss hemp cannabis quebec canada pot cannabiculteur | S'inscrire | Forum | Guides | Variétés | Engrais | Annuaire
Connexion

Pseudo

Mot de Passe

Mot de Passe perdu?

Pas encore Membre?
Inscrivez-vous!

Menu
Coffee Smartshop Topsite coffeeshop smartshop headshop

Venez Chater !

Venez discuter sur le chat


Vous avez un client IRC?
Server : irc.epiknet.org
Port : 7000
channel : #Cannaweed

Un peut d'aide pour IRC

Vous n'arrivez pas à accéder au chat ?
Téléchargez la machine virtuelle Java
Passer par la page Epiknet

Top recherches

seedsman plus de 15 breeders, code promotionnel
Interview CIRC

Format imprimableDevenez CannaweedeurRechercher une info sur le site
Vous êtes ici : Evenements > Interview CIRC
Auteur : Vyking
Date : 08-08-2006
Lectures : 19012 lectures
Forum : On en parle sur le forum...



Interview d'Arnaud Debouté,
président de la fédération des CIRC





1. Introduction



CannaWeed : Bonjour Arnaud, pourrais-tu te présenter s'il te plaît, ainsi que le CIRC, et ton travail en son sein.

Arnaud Debouté : J'ai 41 ans, de formation ingénieur des métiers de la communication et de l’information. J'ai pratiqué la radio, l'affiche, la publication papier, le communiqué, Internet, l'événementiel et un peu de photo et de vidéo, un genre de multimédia.
Je milite au CIRC depuis une douzaine d'années. J'ai coordonné une dizaine de 18 joint à Rennes, une bonne douzaine d'affiches, des stands, participé à des conférences. J'ai fabriqué une douzaine de numéros du journal du CIRC Bretagne, le BZHach.
En 1999, j'ai été élu à la présidence de la délégation bretonne puis la fédération. La présidence du CIRC, un gros mot, pour dire animateur de collectif.
En 2001, avec un ancien président de CIRC, nous avons monté un Growshop qui nous a permis de gagner notre croûte sans rogner nos idées, mais aussi d'être mis en examen pour vente de graine et incitation avec interdiction de fréquenter le chanvre (procès le 11 décembre prochain).
L'activité politique et médiatique du cannabis en France et dans le monde m'intéresse au plus haut point. Cela me permet de réagir par voie de communiqué de presse dès qu'une occasion d'expliquer nos positions se présente.


CNW : Par exemple, nous souhaiterions savoir d'où vient le CIRC ? Quel a été l'élément déclencheur de sa création ? Par qui ? Ses objectifs, quelle est votre façon d'agir et votre organisation.

A. D. : La préhistoire du CIRC date sans doute du 31 décembre 1970, date de publication de la toujours active loi de prohibition des drogues en France. La répression a augmenté au fur et à mesure que le cannabis imprégnait la France. La répression est aveugle, l'injustice est son pendant. Ne manquait plus qu'un appel du 18 juin 1976 pour être facteur déclenchant. Mais ce n'est qu'à la fin des années 80 que se montèrent en France des collectifs informels. En 1991, à l'initiative de Jean-Pierre Galland, Laurence Duffy, Kshoo et de nombres d'anonymes en France, le CIRC se monta en structures associatives avec une fédération. Les ennuis commencèrent à peu près à la même époque : pression sur les représentants légaux, interdictions de rassemblements du 18 joint, premières condamnations de Jean-pierre entre autres. Le CIRC a pu compté à cette époque jusqu'à une trentaine d'antennes en France, mais en 1994 ne subsistait que Paris, Lyon, Montpellier, le Nord. Cette histoire que je n'ai pas vécu en direct est encore à raconter en détails.
Une première génération de militants quitta, rongée par la pression, l'organisation avant l'arrivée de la droite au pouvoir en 1995. Le CIRC sut se régénérer et, au gré des alternances politiques, malgré tout, tenir bon le cap qu'il s'était assigné. Avec quelques associations présentes sur le terrain, nous avons tenu le pavé par nos stands en festival, sur des salons, dans les manifestations. Le nombre des adhérents a pu varier autour des trois à quatre milles. Chaque CIRC jouit d'une certaine autonomie en terme d'organisation de ses activités. En Bretagne, comme à Paris ou Lyon, notre combat s'est tourné vers le politique et la communication grand public.
Les motivations des militants et adhérents du CIRC sont simples : la défense de consommateurs, pour avoir des infos non biaisées, pour réclamer une autre politique plus en phase avec la réalité du terrain. Le profond sentiment d'injustice social qui règne en France autour du cannabis nous motive à bouger. Nous sommes la seule force antiprohibitionniste active qui réussit à durer.
Malgré notre bonne volonté, le CIRC n'a jamais pu réellement se structurer durablement du fait de la répression. Depuis plusieurs années que j'observe le CIRC, j'en suis arrivé à croire que deux fois par an, au Printemps et à la rentrée d'août, les forces de la prohibition choppent celui des CIRC qui est le plus fragile ou qui se montre le plus actif. Les motifs sont relativement simples en général : 50 pieds dans le jardin, être chômeur, un deal trop actif, de trop gros stocks de livres. Difficile dans ces conditions d'avoir pignon sur rue, ou d'être organisé. Depuis 2002, c'est même pire et on peut parler de clandestinisation du CIRC et si en 2007 un Sarko-Lepen montrait son nez, nul doute que l'Appel du 18 joint finira par être lancé de Londres ou de Genève.
Notre organisation est donc ailleurs, un peu éthérée mais son but reste de faire circuler l'information pour quelle serve aux consommateurs et aux militants. Provoquer les prohibitionnistes fait aussi partie de notre arsenal, mieux d’ailleurs lorsque cela fait rire les fumeurs de joints. Mais notre action majeure, sans doute parce qu'elle est très demandée, c'est de conseiller les personnes prises en Infraction à la législation des stupéfiants (ILS). Sur une année, certains CIRC renseignement plusieurs centaines de personnes prises en ILS, infraction stup, et depuis deux ans au volant. Un gros volet d’information va aussi aux cas thérapeutiques dont la demande d’information est dure souvent plus âgée.
Nous coordonnons nos actions vers les politiques au niveau national comme nos relations médias en nous répartissant les tâches. Qui va à l’Université d’été de tel parti ?




2. Le CIRC



2.1. Relations avec les autorités




CNW : Quelles sont les relations du CIRC avec les autorités françaises ?

A. D. : Polémiques nos relations actuelles. Mais il y a eu le « bon temps » où, par exemple, à Rennes, on pouvait discuter, j’allais dire cordialement, faut pas exagérer, avec les autorités. Autorité de la Santé, du Képi, de la Justice, municipale ou préfectorale il n’y a guère qu’avec les procureurs que nous avions des problèmes entre 1997 et 2002. Aujourd’hui, c’est plus hard. Même si c’est parfois très drôle de constater qu’un Maire ou un Préfet n’hésite pas face à un CIRC à se prendre les pieds dans le tapis de la légalité en se transformant en délinquant ordinaire. A une tentative d’interdiction de rassemblement, il faut alors opposer un recours devant le Tribunal administratif. Il vaut mieux réfléchir avant de faire une affiche plutôt que pendant la garde à vue d’une équipe de colleurs à cause de la dite affiche. Avec les autorités faut être prêt à tout avant.
Autre axe, nous joutons par presse interposée avec les prohibitionnistes mais aussi sur le terrain de chacun, Préfectures, Tribunaux, et autres procureurs. Quand par exemple, dans un tribunal breton, je constate, des suites d’une Rave Party, que sur 50 comparutions immédiates, il y a 45 blacks et Beurs, j’appelle La ligue des droits de l’Homme. La population de mon coin est à 99,98 % blanche. On me dit : « Mais non c’est des dealers ». Lorsque 15 jours après, des suites des Vieilles Charrues, je compte sur 50 comparutions immédiates à nouveau 45 blacks et Beurs, je hurle au racisme des autorités. Et là ça rigole beaucoup moins sous les képis et sous la robe de la Justice locale. C’est le rôle des CIRC de dénoncer les errements de la Justice dans son traitement du Cannabis.
J’ai vu, un jour de 2003, au procès pour complicité d’incitation de Jean-Luc Benhamias, un grand moment, l’avocat général de la Cour d’Appel de Rennes, le chef des procureurs en Bretagne, me pointer d’un doigt menaçant en me hurlant : « Et vous si vous vous plantez en voiture, je ne vous raterais pas. Et à la prochaine provocation, je vous aurais ». Pas plus gentil que ça. J’ai soupiré quand il est parti en retraite.
En l'occurrence passer sous les fourches judiciaires en étant du CIRC est plutôt aggravant. Seuls les plus courageux (synonymes : fous, débiles, malades, idiots…) ont intérêts à se déclarer. Sa seule satisfaction sera sans doute de pouvoir s'expliquer devant le juge. Des fois être un peu grande gueule peut servir, mais sans se passer d'un bon argumentaire. Ne pas se laisser étriper par un procureur et une question personnelle.
Je rajouterai que les relations du CIRC avec les autorités dépendent pas mal des coins, mais globalement depuis 2002 c'est nettement moins agréable voire constructif. Le vent du boulet se rapproche et certains Circ en ont payé chèrement leurs relations avec les autorités comme tu dis.
Pour être un actif tranquille du CIRC, il vaut mieux arrêter tout business annexe même symbolique, faire un peu plus gaffe à ne pas dépasser les bornes si tu vois ce que je veux dire, comme consommer du téléphone avec modération.
Sinon si on peut considérer la Presse comme faisant partie des autorités, nos relations presse augmentent d'année en année. C'est une preuve que notre discours n'est pas seulement le discours d'un fumeur voulant juste tirer son joint mais bien un discours cohérent, réaliste, en phase.


CNW : Jean-Pierre Galland est-il enfin sorti de toute cette pression administrative et de cet acharnement juridique envers lui ?

A. D. : Jean-Pierre continue de payer pieusement le reliquat des dernières amendes pour incitation à coup de 100 euros par mois. C’est une bonne partie de son RMI. Des collectes sont organisées pour l'aider ( www.18joint.org ). Notez que le CIRC a ainsi récolté environ 300 000 francs qui sont allés rejoindre le Trésor public national. N'oublions pas non plus Laurence, condamné avec Jean-pierre pour avoir distribué des graines caramélisées à grignoter un 18 joint à Lyon dont le recours en Cour Européenne des droits de l'homme a été refusé, Kshoo, le CIRC Provence... Luc de Nancy qui s'est pris 8 mois fermes pour 40 g de shit et un stock de livres et tee shirts important. Les pressions sont réelles. Les condamnations sont lourdes en proportion...


CNW : A dé-diaboliser le cannabis, n'avez-vous pas peur d'inciter des personnes de plus en plus jeunes à la consommation ?

A. D. : Moi aussi j'ai des enfants et franchement de me dire qu'ils découvriront le cannabis au collège ne m'enchante pas. Je pense que les parents sont les mieux placés pour expliquer à leurs jeunes. C'est comme cela que ça arrive pour l'alcool. Bon, ce n'est pas toujours une réussite non plus !
Je ne crois pas que notre rôle est de dé-diaboliser le cannabis parce que le cannabis n'est pas le diable. Le discours qui tend à le faire croire est d'ailleurs suffisamment contre productif. Qui croit encore que le joint mène à la piqûre d'héro ? Nous on sait que le joint peut aider au sevrage de l’héroïnomane. Qui croit à la descente aux enfers du fumeur de joints ? Sarkozy ?
Nous, nous recherchons la meilleure information sur le sujet pour la partager. Je peux te garantir que si j'avais le moindre doute sur les dangers insupportables du cannabis, je ne serai pas au CIRC. Tenancier de growshop, je pense que je ne supporterai pas longtemps d'avoir affaire à des zombies toute la journée. Si par hasard, j'en croisai un trop abîmé par sa conso, je n'hésiterai pas à lui dire et à lui indiquer un lieu d'aide et d'écoute. De même, je ne me souviens pas d'avoir lu un article émanant du CIRC qui dirait « fumes c'est bon pour toi » ou « Plus tu fumes, plus t'es stone, et plus tu seras heureux ». Ce serait idiot, faux et parfois dangereux. Si le message du CIRC n'est pas franchement de lutter contre l'abus, nous en sommes conscients et je ne connais pas de membre du CIRC qui ne connaisse pas les limites produits. Ma phrase préférée est : « Un vieux fumeur ménage ses poumons ».
Allez, on a tous abusé. Ça nous arrive encore parfois. Mais nous n'avons pas envie d'être des légumes scotchés entre la télé, le divan, la pizza, et la camisole cannabique.
Un dernier élément pour citer une étude américaine qui signale que nombre de jeunes s'essayent au Cannabis après avoir vu les spots télé prohibitionnistes US. Parler en faux du canna, l'interdire pour de fausses ou exagérées raisons pousse sûrement plus les jeunes à la consommation.
L’approche évangéliste qui consiste à présenter le chanvre comme une plante aux milles vertus, miraculeuse est très naïve et ne tient que pour des malades spécifiques. Je respecte cette plante comme bien d’autres (la pomme de terre et ses milles recettes).
Il doit être aussi du discours du CIRC, non seulement de reconnaître les limites de la consommation de Cannabis, mais surtout d’en protéger certains consommateurs. Ce discours, tu l’entendras de la bouche de Jean-Pierre si tu lui demandes quel consommateur de joint il est. Et tu te rendras aussi compte, par exemple que nos consommations sont très modérées. Que nous choisissons nos périodes d’abstinence comme celle des fêtes. Que l’on n’aime pas trop la toux du fumeur de bang. Je pourrais dire que nous sommes des fumeurs de joints normaux qui fumons des joints normaux, ni plus ni moins que la moyenne des personnes que je croise mais que nous, en plus, nous revendiquons cette normalité. Ou donc est le diable là dedans ? Pas dans le Cannabis. Ou est l’angélisme ? Dans la prohibition.
Sinon, hors les activités du CIRC, j’invite, par expérience, tout militant du CIRC qui souhaiterait s’investir à être extrêmement prudent quant à l’observation des 77 000 articles de lois en vigueur. C’est évident. Autrement dit, à l’exception du seul article de la loi de 1970 sur l’incitation, globalement sur cette loi dont nous demandons l’abrogation, le retrait pour une loi de régulation, nous n’appelons à respecter que 76 999 articles de lois. Un ancien trésorier du CIRC s’est pris un retrait de permis, lors d’une campagne de répression sur l’ensemble des déclarés préfecture, en deux coups positifs à 0,53 et 0,56 d’alcool dans le sang en 15 jours. Pendant 6 mois, il a roulé en tracteur. C’est très bof quand tu connais le gaillard, paysan d’un mètre 85. Ceci dénoncé, le pote en question est a préféré militant à la Conf., la confédération paysanne.
La répression est insidieuse dans le sens ou le militant qui y est confronté se doit d’être dans le cadre mieux encore que la moyenne, sinon débarquement, perquise, huissier dans les quinze jours de la condamnation. Paiement des charges, des amendes, des impôts, flous dans le paiement du téléphone, bien pratique pour les écoutes, pas plus de 10 grammes d’avances, rien dans le jardin, fêtes inopinées, je te dirai que, personnellement, je suis convaincu que s’ils avaient autre chose à me reprocher que la loi de 1970 sur les stupéfiants et la loi de févier 2003 sur la conduite, aux RG, trouble à l’ordre public, atteinte à la sécurité du territoire, et à la défense nationale, ils me le ferraient savoir rapidement.


CNW : Vu ta position sur le sujet, as-tu déjà eu des problèmes avec la justice ?

A. D. : En Bretagne, nous avons eu une première alerte en 1997 sur une affiche qui a été attaquée par une association Familiale Catholique. Nous avons été relaxé. En 1999, durant l'Université d'été des Verts à Lorient, j'ai failli être embarqué par une équipe de police. Seul le responsable des Verts de l'époque Jean-Luc Benhamias a été condamné pour complicité d'incitation à l'usage. Je crois savoir que le député européen a fait appel en Cour européenne des droits de l’homme pour un nanogramme de THC dans de la bière, à moins que ce ne soit pour l’affiche « Le cannabis, c’est bon », Par contre le Parquet n’a jamais rien dit sur l’expulsion des flics par le services d’ordres des Verts. Pas grave.
Chaque collage d’affiches du CIRC, et en Bretagne on en a fait beaucoup, genre au bas mot 35 000 affiches collées, distribuées, a été une occase rare d’anecdotes funs. Le collage sur la porte de la prison, l’intimidation Starsky et Hutch la veille d’un passage à France 3, l’huissier des cathos radicaux, chaque collage avec son contrôle d’identité bien sûr. A une époque, je conseillais, volontiers le contrôle par les CRS parce qu’ « ils ne sont pas du coin et qu’il faut leur expliquer en douceur ». En général, la réaction d’un CRS devant une affiche du CIRC, j’ai encore testé le premier mai dernier, c’est de bondir sur son talkie et de demander au chef. Mais ensuite, le chef CRS il doit en référer à la Police judiciaire locale. C’est hiérarchique et c’est pédagogique. Une fois, on s’est vu admonester par un commissaire et menacer d’une amende de 500 euros si on recollait une autre affiche devant une patrouille de CRS. Laquelle menace, on a craqué et recommencé dès les premiers100 mètres mais le chef CRS, sa patrouille en ont été rouges de vert de rage. J’ai repris ma carte d’identité des mains du chef CRS avec un sourire. C’est pédagogique. Lors d’un recollage sur des affiches du FN, il a fallut que j’explique au Gendarme que notre inculpation pour collage illégal impliquait celle du FN pour le même motif. Ensuite j’ai beaucoup rigolé et n’ai plus entendu parler de l’affaire.
Tout n’a pas été rose. Ne pas oublier qu’on cherche aussi un peu les emmerdes. La loi sur l’incitation existe pour nous faire taire. On devrait la fermer. Mais on l’ouvre. Donc, il y a des risques. Pour l’instant, on assume.
Perso, j’avoue une certaine curiosité pour les cours de justice que je fréquente régulièrement parfois comme témoin. Une fois même comme témoin involontaire, lors d’un recours de Jean-claude David, producteur de la Chanvrette, en cour d’Appel de Rennes, lorsque son avocat me désigna au juge comme étant la référence en matière d’incitation et non le Jean-claude. J’ai pardonné immédiatement l’avocat de cette dénonciation. Au début de sa plaidoirie, devant la Cour, devant 20 avocats, il venait d’exprimer le problème majeur du Cannabis, le fossé des générations. Devant moi, à la surprise des parties présentes, l’avocat de Jean-claude David venait d’expliquer, en prenant le juge de la cour d’appel à témoin, que sa génération était plus picolleuse que cannabis au contraire des jeunes avocats, j’entendis un tel vacarme de robes de soie d’avocats que je conclus vite à la pertinence de l’affirmation. Mais lorsque l’avocat interrogea le juge sur la situation des jeunes magistrats face à la consommation de Cannabis en demandant ingénument si cela était à l’image des avocats ! Le bruissement des robes, eut un comble, un pic certain. Le procureur préféra se casser la gueule de sa chaise sous l’émotion. Pareil pour les juges assesseurs. Le juge étouffa son émotion en se bâillonnant de la main. J’étais témoin de la dénonciation d’avocat et peut être bien de magistrat devant un juge de la Cour d’appel de Bretagne. La marrade intégrale, ils sont comme nous.
Sinon, je n’ai pas eu à me défendre ou a défendre le CIRC d’aucune attaque judiciaire nouvelle depuis 2002. On doit rien foutre, c’est pas vrai !


CNW : Le CIRC ne pourrait-il pas avoir des soutiens politiques, ou du moins tisser des liens avec certains partis ? Il y a vraisemblablement une voie à prendre du côté des Verts, ou du PS.
De plus, je rappelle que Malek Boutih, membre de la direction du PS, a affirmé il y a peu que "L'Etat doit contrôler la production et la vente" "L et imagine une "nouvelle filière agricole" "nouvelle filière agricole". Ses propositions sont ainsi en symbiose avec l'esprit CIRC.


A. D. : Comme dit plus haut, nous sommes plusieurs au CIRC à mener des discussions avec des membres et des représentants officiels et officieux de partis politiques. Cette année, au 18 joint de Paris, nous avons reçu la visite d'Olivier Besancenot de la LCR, d'Yves Cochet et Denis Baupin des Verts, du MJS et de représentants du PS, de la fédération anarchiste. Nos discussions se poursuivront durant les Universités d'été des ces partis.
Parti par parti, les Verts sont sur notre ligne de légalisation depuis longtemps. La LCR et d'autres partis de gauche, en étant moins bruyant sur cette position, nous soutiennent plus ou moins sur la légalisation.
Le noeud, c'est le PS. Si la position des jeunes socialistes du MJS est claire, la légalisation, le PS est plus mou. La position de Malek Boutih se veut à cet égard la plus provocante exprimée par un responsable du PS depuis 1906. Le problème est que les éléphants du PS n'en ont entendu parler que lors de la préparation de leur programme. Au final le discours consistant à proposer « une régulation publique » et une dépénalisation de la consommation est très ambigu. Au pire, c'est comme Sarko, au mieux on ne sait pas. Nos représentants seront donc à l'Université d'été du PS de La Rochelle où ils tenteront de convaincre les éléphants du bien fondé de la proposition de Boutih.
Mais attention, le CIRC est un collectif disparate qui doit être respecté. Pas question de devenir une officine socialiste, un guichet de la LCR, ou un sous-marin jaune de la FA. Le CIRC fait de la politique vers les politiques après chaque militant est libre de ses choix. Je pense que l’équilibre politique du CIRC, composée de nombres de tendances qui chez nous discutent, est important. Cette existence d’un CIRC multicouleur politique en interne est aussi un gage que notre discours est cohérent et acceptable dans sa modération et non pas un discours par trop radical et incompréhensible.



2.2. Evolutions




CNW : On peut entendre régulièrement des moquerie à propos de l'abréviation du nom (Circ) et du logo de l'asso : un clown au grand sourire arborant des feuilles de cannabis. Difficile alors de vous prendre au sérieux : nombre de personnes du grand public, mais aussi probablement les médias et le gouvernement, vous considèrent comme des troublions, et choisir un clown en guise de logo c'est un peu s'auto condamner à être pris pour des rigolos ; ce n'est peut-être plus le meilleur symbole qui soit de nos jours...
De plus, le mouvement commence sérieusement à s'essouffler, les années défilent et rien n'avance, ou du moins dans le bon sens... A quand un remaniement ? Et cela passe en partie par le choix d'un symbole d'actualité affirmant le renouvellement du mouvement mais aussi la persévérance.


A. D. : Hop là ! Le nom du CIRC, le logo, quelle belle remise en question ! Allons au fond. D'abord, le Collectif est né il y a bien longtemps. Il y a, donc, bien longtemps que nous diffusons et que nous sommes connu sous ce nom et ce logo. Si tu dis que tu es du CIRC pour le cannabis à une personne dans la rue, rare sera celle qui n'en a pas entendue parler. Pour le clown, le problème est différent puisqu'il faut avoir vu une de nos affiches, un de nos tracts pour savoir de quoi il s'agit. Et bien logo comme patronyme, je peux te dire que nous en sommes fiers car ils nous permettent d'être reconnu, vu et à bien des égards à disperser quelques éléments de nos propositions. Parmi les anecdotes sur nos noms et logos, je peux te dire avoir défendu plusieurs fois notre nom et surtout avoir mesurer l'impact du clown sur nos affiches.
Evidemment un clown c'est pas sérieux. Sauf à considérer l'humour comme une arme. Dans notre contexte, un clown qui fait un clin d'oeil, c'est un clown qui parle d'un interdit. L'interdit c'est les feuilles. Des feuilles de ? De rien, c'est interdit. Notre clown cache donc le message subliminal du CIRC lequel message est de l'incitation lorsqu'il est trop explicite. Seules les personnes concernées comprennent que notre message ne peut être simplement dit, dessiné.
Au delà pour moi, notre clown exprime une certaine bonhomie, celle de notre cause. Un petit pétard pour avoir le sourire, le clown l'illustre. Une petit sourire malgré la répression : le clown. Un petit clown qui cligne de l'oeil parce qu'il ne peut rien dire de plus, c'est un logo très adapté, du pur Phix. Sinon avec une feuille de chanvre, aucune chance de durer. Je peux te garantir aussi que lorsque les rennais ont vu une certain nombre d'affiche du CIRC Bretagne, ils n'en crurent pas leurs yeux devant les provocations que nous collions sur les murs de la cité. Rigolo comme des clowns. Seul moyen d'y croire, le logo et le nom.
Concernant le nom, il ne doit pas résonner terrible puisque le CIRC, Centre Information et de Recherche sur le Cancer vient d'en changer. Je blague puisque j'ai été contacté par le CIRC (cancer) pour négocier notre changement de nom. Et nous avons refusés. Comme lorsque le CIRDD, Centre d'Information et de Recherche Drogues et Dépendances nous a demandé de changer notre nom. Ce fut négatif parce que le Collectif d'Information et de Recherche Cannabique porte bien le nom de notre domaine d'activité et est parfaitement compris par tous (sauf les prohibitionnistes que l'on énerverait plutôt que de passer pour des rigolos).
Pour conclure, je pense quand même que nous sommes assez souples pour jauger des propositions éventuelles de nouveaux noms ou logos mais qu'il sera difficile de nous faire abandonner cette partie de notre identité.
Deux questions de changement entre le logo, le nom, et les militants et encadrants. Mais d'abord la question de tout changer au CIRC se justifierait par l'échec relatif de nos revendications . Je vois au delà de ta question un problème commun à toute association qui rame. Un bilan, ceux qui le revendiquent, leurs méthodes, tout peut être remis en cause facilement de l'extérieur.
Le bilan des 15 ans du CIRC n'est nul que pour le novice. Rien que depuis 2002, on va dire la période Sarkozy, nous sommes passé d'un discours unique du Cannabis qui mène à l'héroïne, qui rend schizophrène vers un discours beaucoup plus pondéré sauf pour Sarko évidemment. La réduction des risques chez les consommateurs de cannabis et de drogues en général est une politique qui tranche face à la prohibition pure et dure. Depuis 2002, nous vivons un retour de bâton de droite mais même eux ont été obligé de modifier leur approches et discours sans changer de but. Même la droite ne dit plus que le cannabis tue.
Rien ne change, dis tu, sauf que l'on est passé de 30 000 à 130 000 infractions à la législation sur les stupéfiants en France. Le boom de l'autoproduction s'est aussi produit en France. Penses tu réellement que l'équipe actuelle du CIRC, les anciens compagnons n'y ont été pour rien ? Cela fait 15 ans et plus que certains d'entre nous agissent, dans l'ombre, ne trouvant la lumière que lors de leur procès, et leur seule récompense par une bonne amende, voir la zonzon. Avant d'avoir des cadres et des responsables, le CIRC compte surtout sur ses militants actifs. Des militants rares. Nombres d'entre eux ont abandonnés en route. Il faut rappeler que la persévérance de certains d'entre nous s'appelle de l'inconscience à force de vouloir cumuler les actions/procédures/condamnations/humiliations.
Ce que je peux dire simplement parce que c'est le cas des présidents de CIRC c'est qu'il n'est pas aisé d'assumer ce poste, ni pour soi même, ni surtout pour les entourants, de nos jours comme hier. Et il est encore plus difficile de se débarrasser de cette responsabilité. Lorsque Jean-Pierre (Galland) nous fit part, il y a quelques années de son intention de se retirer un peu de la lutte, de se démettre de ses mandats de président, nous n'imaginions pas à quel point il serait difficile de trouver son remplaçant. Les membres actifs du CIRC Paris dont Jean-Pierre était le moteur, ont mis 4 ans.
Pourquoi ? Parce qu'il est simple de se penser président de CIRC. Plus difficile d'en avoir la pertinence et encore l'impertinence. Parce qu'il ne faut pas en faire un martyr de la cause, et qu'il faut qu'il en soit conscient. Parce qu'il doit aussi protéger les adhérents d'aller trop loin au risque d'être stoppé trop vite. Parce qu'il ne faut pas qu'il ait un placard de 50 mètres carré. Parce qu'il ne passe pas non plus son temps chez le grossiste de la cité. Parce qu'il ne faut pas qu'il soit fonctionnaire, timide, qu'il ait du temps, de l'énergie, du rentre-dedans et la culture générale cannabique adéquat. Parce qu'il ne faut pas que ce soit un velléitaire qui ne ferait que briller au lieu de mettre en lumière nos revendications. Parce qu'un collectif ne veut pas de chef et préfère reconnaître ses leaders par leurs actions en faveur de la légalisation. Et parce qu'au delà des contraintes extraordinaires que nous impose la prohibition, le CIRC n'échappe pas au rythme ordinaire de la vie associative normale. Formation de militants et de cadres, transmission des tâches, montage d'équipes, création de plans d’actions, d’évènements, poursuite des buts fixés, incorporation de nouveaux. Tout cela s'apprend et sous la prohibition en clandestinité.
Après 25 ans de vie associative, comme tu peux le penser j'en ai vu d'autres. La lutte du CIRC reste pour moi l'une des plus éprouvantes que j'ai vécu. Je n'ai eu de cesse d'avoir besoin de mes expériences antérieures pour continuer le CIRC. Une expérience humaine.
Jean-Pierre et tous les anonymes comme moi qui participent de la lutte sont les persévérants du CIRC. Pas encore blasés, pas encore trop vieux, pas encore essoufflés (mais faut arrêter les bangs à deux douilles), nous en appelons aux jeunes qui sont sortis pour se défendre contre le CPE. Pour la légalisation du Cannabis, il est de leur ressort d'ouvrir leur gueule. Et avec l'aide des « persévérants », nous l'obtiendrons.


CNW : Par ailleurs, que faire pour aider le CIRC ?

A. D. : L'époque est peut être aussi plus aux DVD, aux consoles et à la TNT. Aussi faudrait il peut être faire réaliser un jeu de rôle « Deviens président de CIRC ! ». Plus sérieusement en participant aux forums internet, en aidant à collecter des fonds pour le paiement des amendes, pour la confection de tracts, affiches et contre campagnes, en distribuant nos argumentaires, en faisant tourner l'info, en soutenant des taulards, en faisant la tournée des parkings festifs, en appelant au 18 joint en 2007, en apportant ses idées, son expérience.


CNW : Ne crois-tu pas qu'il faudrait "s'allier" avec d'autres collectifs cannabiques européens (comme par exemple, pour ne citer qu'eux, Chanvre-Info et Pro-Chanvre Pro-Chanvre en Suisse, à la vue des politiques plus clémentes dans d'autres pays, frontaliers ou non à la France, afin de faire pression au niveau de l'Europe.

A. D. : Les relations internationales du CIRC sont riches. Le CIRC fait parti d'ENCOD, la coordination des associations européennes antiprohibitionniste. Nous rencontrons nos amis européens, suisses très fréquemment. Dans ce collectif nous côtoyons aussi Asud, Techno +, Médecins du Monde et d’autres associations françaises se réclamant de la réduction des risques.




3. Constats, législations & politiques



CNW : Que penses-tu de la politique française et européenne en matière de drogue ?

A. D. : Pour rappel, le Parlement européen a voté en décembre 2005 le rapport du député Catania sur les drogues. Ce rapport affirme le principe d'une politique européenne de réduction des risques pour le consommateur au détriment de la guerre perdue contre la drogue et les drogués. La France est censée suivre voir animer cette politique mais, depuis 2002, ce discours, même réaffirmé, et même voté en loi n'a plus de sens puisque nos autorités n'ont eu de cesse que de casser le mouvement de Réduction des risques officiellement initié par la MILDT et mis en place sous Jospin. L'interdiction du testing des drogues synthétiques de Médecins du Monde est assez symptomatique de ce double discours gouvernemental. En réalité, la seule politique mise en place par le gouvernement Chirac 2 est la prohibition. Sa seule revendication est l'éradication de la consommation de Cannabis et autres produits. Dès février 2003, la nouvelle loi contre le Cannabis au volant a été menaçante. La deuxième étape de la prohibition actuelle vise le simple consommateur. Puisque la loi de 1970 n'est plus appliquée pour la consommation, le gouvernement veut en créer une autre, en plus, pour contraventionnaliser la consommation. En France réprimer, punir, diaboliser, faire peur, tandis qu'en Europe pédagogie des dangers et limites. Rien a voir. En chiffres la répression des drogues, en France, Police, Gendarmerie, Douane, Justice, Prison coûte 600 millions d’Euros, la MILDT 38.


CNW : Sachant que les législations dans la majorité des pays d'Europe tendent à décriminaliser l'usage de cannabis, penses-tu que cela peut influencer nos politiques à ce sujet, et qu’est ce qui justifie un tel écart politique ?

A. D. : En France nous vivons une période nouvelle toute droite sortie du discours américain du politiquement correct. Francisée, le politique correcte devient la dictature de l'hygiène. Ne pas boire, ne pas se droguer, ne pas fumer, ne pas manger trop gras, le sexe protégé, ne manque plus qu'aller à l'église pour être citoyen modèle de la dictature de l'hygiène. Est ce la fin de l'épicurisme ? Pas pour la population française, celle qui voyage en Europe et qui ramène de ses voyages la situation extérieure.
Alors l'influence de l'Europe sur la situation française se fera par les français découvrant que l'on vit mieux sous la politique des drogues hollandaise, anglaise que sous la répression de droite hygiéniste française.


CNW : La prohibition du cannabis n'est-elle pas contraire aux droits de l'homme et aux libertés individuelles ?

A. D. : C'est une des approches les plus prometteuses. Le droit de se foutre en l'air, te dira un prohibitionniste, ne fait pas parti des libertés individuelles puisque aussi bien tu mettrais en péril ta vie et celle de tes proches. A l'autre bout du raisonnement, un procès a été gagné par un malade grâce à une loi qui précise qu'une personne peut outrepasser la loi si cette loi l'empêche d'utiliser par exemple un médicament interdit et que cela met en péril son existence. C'est le droit de la personne de se soigner avec une substance même interdite si elle n'en trouve pas d'autre.
Dans le même genre d'effet, la théorie libérale version Madelin préconise la primauté du droit de l'individu sur les contraintes que peut lui imposer de l'Etat.
Le problème c'est qu'on ne fume pas forcément tout seul. Le second problème c'est qu'en intégrant le droit de fumer du Cannabis comme droit privé, nous verrions les alcooliques faire de même.
Compliqué donc, mais vrai. Et c'est d'ailleurs l'un des arguments le plus fréquent dans la bouche de nos sympathisants : « Mais qu'ils (les forces de l'ordre) me laissent faire chez moi ce que je veux ».


CNW : Quelle est la source du problème, pourquoi, selon toi, la légalisation n'est pas déjà acquise à la vue des arguments écrasants qu'elle présente face à la prohibition ? Pourquoi la classe politique française refuse t-elle d'ouvrir les yeux après l'échec de plus de 30 ans de politique prohibitionniste et répressive ? Simple démagogie électoraliste, complicité vis a vis du marché noir, ou obligation par rapport aux traités internationaux ?

A. D. : Aucun des trois arguments ou les trois en même temps.
Notre personnel politique français est vieux. Il rencontre plus de vieux que de jeunes. Lorsque les jeunes d'aujourd'hui seront au pouvoir, le point de vue politique sur le Cannabis aura changé. C'est d'ailleurs le cas dans les autres pays européens.
En ressortant la légende de Pasqua, proche de la French Connection des années cinquante, on a pensé longtemps que ce genre d'individu se servait de la prohibition pour gonfler les prix et donc assurer de meilleurs revenus aux dealers. Sans accabler Pasqua, je pense qu'il y a du vrai. Peut être pas pour môssieur Charles, mais il est évident que le recyclage de l'argent du trafic rapporte aux recycleurs. Plus le marché est noir, plus cela rapporte aux recycleurs. CQFD. Marché de la drogue, des armes, de la prostitution alimentent d'énormes flux financiers qui sont réinjecté dans le marché blanc. Et ça profite forcément à d'autres qu'aux producteurs de dealers.
Le traité international de l'ONU sur les drogues n'est pas simplement à interpréter. Le gouvernement des Pays bas s'interroge actuellement sur la compatibilité du Traité avec la possibilité de légaliser la production. La France produit de manière dérogatoire de l'opium et de l'héroïne pharmaceutique malgré les conventions. Deux poids, deux mesures.
La source du problème est peut être tout autant moral. Quand tu entends ce genre de phrase : « comme drogue, il y a déjà le tabac, l'alcool. Pourquoi en légaliser d'autres !», tu te demandes de quelle courtesse de vue jouie le politique qui justifie son refus de la légalisation. Et puis si tu as réellement besoin d'un petit calmant, n'y a t'il pas une pharmacie au pied de ton immeuble ?
La prohibition est à la croisée de tout cela. C'est ce que nous devons casser.


CNW : Que penses-tu de ceci : l'alcool est infiniment plus dangereux que le cannabis, et ce dernier fait autant partie de la société que l'alcool. Dans ce cas si le cannabis est un problème de santé publique, l'alcool également. Alors pourquoi ne pas prohiber l'alcool dans ce cas ! La prohibition est-elle vraiment née dans un souci de santé publique ? Ou plutôt de racisme, d'intérêts politico financiers et de pressions ?

A. D. : L'alcool est un calmant social. Une société ne peut vivre sans laisser d'exutoire à sa population (voir la question de la dictature de l'hygiène). Seuls les politiques français ne semblent pas se rendre compte que le cannabis ferrait un très bon calmant social sans avoir autant de conséquences lourdes que l'alcool. C'est un responsable de la police de Londres qui disait préférer gérer une masse de supporters de football sous Canna que sous alcool. C'est plus cool.
Cependant j'attire ton attention sur le coté pervers à vouloir comparer les dangerosité différente du Cannabis et de l'alcool. Un peu de provo ? J'adore la bière. Premier président alcoolique du CIRC, je consomme joint ou bière avec modération (Ah la Mystik au Chanvre !!!) Je pense qu’une majorité de buveurs d'alcool comme de fumeurs de joints n'ont et n'auront pas de problème de santé car ils sauront gérer leurs abus de consommation chronique ou irrégulière. Si l'on devait interdire le plus dangereux des deux, l'alcool génère effectivement énormément plus de problèmes dont le pire est la violence. Mais interdire l'alcool au nom de sa dangerosité n'ouvrira pas la porte à la légalisation du Cannabis. Se sera plutôt l'exacerbation de la dictature de l'hygiène.
Tous Straigh Age, ni alcool, ni drogue, ni sexe, au nom de la santé publique ? C'est une position morale en complet décalage avec les pratiques sociales. Et le « tous sous Prozac » ? La société se crée aussi de l'utilisation des ses psychotropes légaux ou illégaux. La nouvelle minorité des fumeurs de joints peut se comparer à la fraction des femmes qui avant Simone Veil bravaient l'interdit moral, social et législatif en se faisant avorter. La loi légalisant l'avortement a été un défi. Notre minorité est récente. Le CIRC en est l'émanation. Nous créons depuis 15 ans l'alternative à la prohibition qui est demandée par la minorité que nous représentons. 20 millions de Français ont actuellement essayés. De 3 à 5 millions et sûrement plus tètent régulièrement. 20 millions de contrôles ont eu lieu. 1 million et demi d'infraction ont été punies. Et si on votait tous en 2007, nous représenterions un pourcentage décisif. Alors que la prohibition, ceux qui agissent par intérêt, par conscience morale, par bêtise (et c'est souvent le cas à lire leurs arguments), ce que je peux dire c'est que nous revendiquons être une « minorité » qui en marre d'être prise pour une truffe.


CNW : Y aura-t-il un jour une grande campagne en faveur du cannabis ? Sans bien entendu tomber dans une incitation à la consommation, mais simplement afin de prouver le bien fondé d'une légalisation encadrée, les dégâts colossaux qu'engendre la prohibition, et surtout mettre en avant l'inefficacité du système actuel.

A. D. : « I have a dream ». La prochaine campagne de fond du CIRC sur le Cannabis. Pour ça il faut des sous pour tirer des affiches. Des colleurs. Des rédacteurs de presse pour mener la campagne presse et sur internet. Des informaticiens pour contrer les attaques virales. Des militants de terrain pour relayer vers le grand public. C'est le coté pratique.
Coté fond du débat, nous informons sur les dégâts de la prohibition tous les jours. Notre demande en légalisation est connue. A quand une grande campagne ? Dès janvier 2007. Dès la rentrée de septembre ? Tous les jours.


CNW : A quand un prochain "éléphant rose" ?

A. D. : L'épopée de l'Eléphant rose » s'est mal terminé pour ses réalisateurs. Ce journal, diffusé en kiosque était pourtant très bien parti. Je pense qu'il correspondait à notre demande. Mais sa saisie, la saisie du matériel professionnel de réalisation, l'inculpation des auteurs a mis fin à l'aventure.
J'ai réalisé le journal du CIRC Bretagne pendant plusieurs années. C'est un très gros travail. Pour être beau comme un éléphant rose, il faut des professionnels ou d'excellents amateurs passionnés par ce boulot créatif (collecte et travail de l'info, mise en page, édition et distribution). A plein temps. Avec le risque.
Alors on s'est dit « soyons moderne » : internet. Cannabistrot, notre site, a été crée par des professionnels puisque c'est un travail similaire aux journaux papiers. Il a été explosé par la répression qui a demandé 6 mois ferme au réalisateur pour incitation par internet.
Alors on s'est dit « Soyons moderne » et « Réfugions-nous en Suisse ». J'en profite, donc, pour remercier ceux qui accueillent actuellement les propos du CIRC de France, Cannaweed et Chanvre infos ou les UNCC (http://www.uncc.comips.org).
Coté papier, pour un Eléphant rose, il nous faudrait travailler sur un ordinateur à Londres, avoir des sponsors Hollandais, une adresse en Belgique, des artistes Zoulous, être imprimé en Italie, être distribué sous le manteau à la sortie du métro. Un appel à candidature ? Merci aux Suisses (même si cela manque encore un peu d'images puisque entre nous on s'échange aussi des fausses campagnes de pub, des vidéos et de la zique cannabique.)
Un adhérent de chez nous a essayé dernièrement de créer une radio cannabique mais a essuyé un refus super rapide de plusieurs providers. La Suisse ?


CNW :Que penses-tu de Mr. Sarkozy, notamment de son discours très explicite concernant le cannabis ? Ainsi que de ces paroles à propos des drogues dites "douces", qualifiant cette appellation de "ridicule", et mettant de ce fait le cannabis au même rang que l'héroïne.

A. D. : Déjà, le nom même de ce sinistre entraîne chez moi un petit rire nerveux. Quand l'argumentaire de Narkozy n'entraîne pas chez moi la plus franche hilarité, c'est le dégoût, l'effarement. Narkozy ne sait pas ce qu'est le Cannabis. Le cannabis n'est pas une drogue dure. Seul un abus forcené de Cannabis, les consommateurs d'huiles, c'est rare et très temporaire en général, et encore peut être assimilé à une conso dure.
Mais je te ferai quand même remarquer que même Sarkozy s'est vu obligé de mettre de l'eau dans le vin de son discours. Même selon Saint Narkozy, le cannabis ne mène plus à l'héroïne. En demandant la dépénalisation de l'usage, ne dégrade t’il pas le fumeur de joint du criminel, selon la loi de 1970, au délictuel dans son projet. Pour nous c'est pire. Et ce ne sera pas ridicule. A l'image du coût annuel actuel de la répression, 640 millions d'euros. Or dépenser une telle somme pour si peu, pour un problème si mineur, cela devrait rendre n'importe quel ministre comme ridicule.
Mais non, le discours ministériel n’est pas explicite. Il raconte n’importe quoi, distille le pire, transpire le mensonge. 230 morts sur les routes dus au Cannabis, ce serait comme ne se baser que sur les crash test pour supprimer les bagnoles. Sarkozy sait parfaitement que la loi de 1970 est appliquée pour le Cannabis. Pourquoi dit il le contraire pour motiver une nouvelle loi ? Sarkozy sait parfaitement que la loi cannabis au volant est absurde puisque le cannabis reste détectable longtemps après l’ingestion tandis qu’il n’agit plus en psychotrope. Sarkozy sait aussi que la condamnation pour ivresse cannabique au volant s’accompagne parfois d’une double condamnation pour consommation. Une consommation une double peine. Pourquoi ment-il en affirmant que c’est parce que la loi de 1970 n’est plus appliquée qu’il faut en changer ? La loi de 1970, c’est 10% d’infractions constatées par an en plus depuis 1995, à 80 % contre le cannabis et pour seulement 5% de dealers.
Le discours sarkozyste est une petite curiosité en soi tellement il se remplit de contre vérité. En cela, le premier fumeur de joint venu ne peut pas comprendre les inepties relatives au Cannabis dont Sarkozy truffe ses propos. Il faut dire qu’il est à bonne école lorsque que l’on lis le rapport parlementaire sur le cannabis de l’année 2005 auquel il a participé en compagnie de Christine Boutin et pape de la prohibition UMP, l’ex procureur, Fennec. Franchement, les propos de cet aréopage de spécialistes de drogues, peu de fumeurs de joint l’ont lu et ont perdue une occasion de rire franchement devant de telles compétences affichées. Reste le problème qu’après nous avoir fait rire, certaines propositions ferraient plutôt froid dans le dos. Il s’agit bien d’un gouvernement qui interdit le testing des drogues synthétiques sous prétexte d’incitation quand il s’agit de prévention active réduisant les risques. Cet interdit est extrêmement dangereux tant pour le suivie de produits commercialisés par les médecins que pour éviter les surdosages d’erreurs ou intentionnels.
Le Sarkozysme de l’Intérieur nuit à la santé du consommateur de drogue. Il y a fort à penser que le Sarkozysme présidentiel fasse passer un très mauvais quinquennat aux drogués en général.


CNW : Que se passerait-il si la loi de 70 était endurci comme le suggère l'idée de réforme de Mr. Nicolas Sarkozy ? Plus précisément, si des amendes systématiques (à hauteur de plusieurs centaines d'euro tout de même), ou encore la saisie du portable ou du scooter qui s'apparente à un racket organisé, étaient mises en application ?

A. D. : Le pire du nouveau projet est sa justification. Le fumeur de joint est de nos jours encore un criminel. Comme celui qui transporte, vend, cède gratuitement. Peut-on comparer un voleur, un violent à un fumeur de joint qui ne fait, après tout, pour le législateur, que du mal à lui même. La loi de 1970 ne serait plus appliquée pour les seuls consommateurs puisqu'à l'échelle des peines, fumer un joint, ce n'est pas si grave. Tout d'abord, c'est faux, la Justice condamne encore énormément pour consommation, souvent d'ailleurs pour calmer son dépit de ne pouvoir condamner pour plus de motifs. Reste qu'effectivement une énorme proportion de constats de police, gendarmerie ou douanes de consommation se terminent par une simple mise à la poubelle de la boulette ou de la têtoune.
La loi de 1970 n'est plus appliquée pour la consommation ? C'est un scandale, beugle Narko. D'où le projet de loi qu'il concocte depuis déjà un an ou deux de contraventionnaliser la consommation
Pour le consommateur qui se ferra gauler, il suffira d'un officier de police judiciaire pour dresser le procès verbal et annoncer la condamnation à une amende tandis qu'aujourd'hui, cet officier doit passer par un procureur. Plus vite, plus de rendement, plus de condamnations à prévoir.
Cependant en développant, des questions restent. Et après plusieurs condamnations, et en cas de non paiement d'amende, ce sera la prison quand même. Coté saisie, il semble que ce projet donnerait aux flics les mêmes possibilités qu'ont aujourd'hui les douaniers de saisir ce qu'ils leur semble en rapport avec la drogue, pour son transport, pour s'en procurer. La saisie d'un scooter, d'un téléphone portable et des chaussettes. J'ai eu un pote qui s'est fait saisir, naguère une bagnole à 40 000 francs pour la saisie de 40 gr de shit. Le nouveau c'est que ces saisies seront à la diligence, à l'appréciation du seul officier de police judiciaire que le fumeur de joint aura devant lui. Tenue cool, locks, crêtes et autres piercing s'abstenir.
Ensuite les conditions d'appel seront à examiner avec précaution mais nous n'en sauront plus qu'en septembre 2006. Je te promets que nous réagirons fort et clair à ce durcissement supplémentaire qui s'ajoute au bilan déjà dur de sa loi sur le Cannabis au volant.


CNW : Je crois que nous pouvons tous nous accorder sur le fait que l'idéal serait une légalisation encadrée. Qui serait donc en corrélation avec la mise en place d'un véritable système de "protection de la jeunesse" bénéficiant de structures adaptées. Ces structures pourraient même être financées par la vente officielle de cannabis, et elles véhiculeraient un message préventif efficace, qui actuellement, ou lors d'une simple dépénalisation, serait absolument impossible à élaborer. Quels sont les candidats aux élections présidentielles de 2007 partageant ce point de vue ?

A. D. : Je ne développe pas sur les effets que nous attendons de la légalisation : effet sur les jeunes moins tentés par l'interdit actuel, découverte plus tardive et accompagnée d'une prévention réaliste, meilleure qualité des produits, rentrée de TVA, au moins 100 000 emplois de créés, programmes de recherche thérapeutique. Plusieurs politiques que nous avons rencontrés se sont déclarés pour notre programme. Si une dizaine de dirigeants majeurs des Verts ont signé l'appel du 18 joint, nous ne savons pas la position de l'anesthésiste Voynet. De part son métier, nous pensons quand même qu'elle sait ce qu'est le Canna. Olivier Besancenot est venue au 18 joint et nous avons pu lui expliquer les problèmes actuels. Le PC, et LO seraient plus ou moins sur notre ligne mais il n'y a pas encore de texte officiel.
La situation est plus trouble au PS. Il est encore un peu tôt pour savoir de quelle minorité ou majorité dispose la proposition de Malek Boutih à l'intérieur du PS. Je penche pour une minorité en espérant qu'elle soit très agissante et puisse faire basculer le PS. Sinon ne reste que Madelin au nom du libéralisme.




4. Suggestions



4.1. Mouvements massifs ?




CNW : Quelle pourrait être l'action individuelle, ou collective, qui remettrait en question la position des politiques en matière de législation cannabique et qui permettrait d’aller vers une évolution de la législation ?

A. D. : Montez un groupe du fumeurs responsables, imprégnez vous de nos argumentaires et contactez votre député, votre sénateur pour une explication de texte. Allez aux meeting discuter avec les militants, arrachez les affiches du FN, euh pardon, faîtes progresser nos idées dans la société par le dialogue, avec vos grand parents par exemple, parlez Chanvre.


CNW : A la manière du mouvement Homo qui a eu recours à l'outing (dénonciation de l'homosexualité de personnalités) pour faire avancer sa cause faute d'écoute publique sérieuse, il était question de faire de l'outing cannabique si rien ne changeait.
A entendre le discours des candidats favoris à la présidentielle (Mr Sarkozy qui dit "qu'il faut faire quelque chose" et le PS qui parle de "régulation publique" très vague) on sent que la question ne sera pas réglée en 2007. Alors l'outing des fumeurs connus, vous en êtes où ?


A. D. : Je suis un peu gêné par l'outing parce qu'une dénonciation de ce type peut avoir des conséquences graves. Je penche plutôt pour le respect de la vie privée. Que quelqu'un, une personnalité se dénonce elle-même n'a pas la même valeur morale. Je pense que les mouvements homos n'ont eu recours à cette méthode que parce que leur conditions de vie politique le nécessitait, l'homophobie étant encore radicale et violente en France jusqu'à il y a peu.
Je n'ai jamais utilisé la connaissance que j'ai des fils ou fille de Maire, député, etc consommant qui pourraient faire pression ou expliquer au moins à leurs parents. Certains l’ont fait. Donc pour l'instant l'outing c'était chez Ardisson.


CNW : Toujours dans l'optique de "faire bouger les choses", et de médiatiser au maximum le débat, ne pourrions-nous pas avoir recours, comme ce fut le cas en mai dernier à Toronto Toronto à des manifestations à travers tout le pays, où des milliers d'usagers de cannabis allumeraient leurs pétards, un jour une heure donnée, devant les bâtiment municipaux ? A moins que la nonchalance coutumière qui caractérise tant les fumeurs de cannabis ne soit une fois encore aux rendez-vous...

A. D. : Hop, hop, hop, à la nonchalance que tu attribues aux fumeurs ne crois tu pas plutôt qu'il s'agit pour eux d'éviter de prendre des risques d'arrestations, d'être pris en photos, voir reconnu.
Bien sûr que nous voudrions créer un mouvement de masse pour le 18 joint. Ça tombe d'ailleurs bien puisqu'en 2007 le 18 joint tombe juste après les élections. Alors ce sera une excellente occasion de fêter l'arrivée du nouveau président par notre demande appuyée massivement par les millions de fumeurs. Nous y travaillerons. Je connais de nombreux fumeurs très actifs qui viendront. Vaudra quand même mieux être accompagnés de politiques aptes à refouler la maréchaussée et prendre les précautions d’usages.


CNW : Pourquoi ne pas organiser un sondage, sur la position des français en matière de cannabis, avec comme question : " Devant la consommation massive de cannabis en France, en particulier chez les jeunes, ne pensez vous pas qu'une légalisation encadrée serait une position plus responsable en matière de santé publique ?

A. D. : Je pense qu'il y a une grande confusion dans la tête des Français à propos des mots employés. Légalisation cela veut dire loi. Une loi est un cadre qui permettra la production, la vente et la consommation. La majorité des Français en sont encore à penser que la dépénalisation de l'usage est une légalisation alors que Narkozy, par exemple, propose une amende. C'est l'un des enjeux les plus importants pour nous. Il faut que les Français comprennent bien ce qu'il y a derrière les mots juridiques des politiques. Nous leur expliquons tous les jours.



4.2. Initiative populaire, médiatisation




CNW : A quand une "initiative populaire" comme chez nos voisins Suisse ?

A. D. : Nous ne vivons pas sous le même régime politique que la Suisse. En France, pas de votation, pas de possibilité de lever la même initiative populaire. Les pétitions en France restent lettre morte la plupart du temps. Une initiative populaire serait que nous allions, tous les fumeurs, nous dénoncer pour engorger les tribunaux. Je ne crois pas trop au courage de la majorité des fumeurs en l'occurrence. Je ne les blâme pas. Je les comprends.


CNW : Puis un référendum ? Néanmoins, encore faut-il sensibiliser l'opinion, or les médias conventionnels, lors des rares fois où ils abordent le thème du cannabis, en donnent une image tronquée, manipulée, presque systématiquement négative, et n'accordent que très rarement la parole à la partie pro chanvre. Pourquoi ne pas créer un collectif, semblable à celui de Chanvre-Info Chanvre-Info, qui agirait par le biais d'un site internet, pour répertorier ces articles tendancieux, et réclamer un droit de réponse ?

A. D. : En Suisse, on ne poursuit pas pour incitation à la consommation comme en France ce qui laisse aux actifs suisses plus de possibilités pour l'ouvrir que nous.
Nous demandons systématiquement un droit de réponse lorsqu’une bêtise est écrite.
Enfin, comme tu l'as lu plus haut, notre dernière tentative d'ouvrir un site cannabique en France a été un échec. Plusieurs autres ont été fermés par décision judiciaire ou sous la menace d'être mis en procès. Vive la Suisse et sa liberté d'expression.


CNW : Les médias conventionnels s'auto censurent pour la plupart, la majorité étant sans doute à la botte des autorités étatiques prohibitionnistes, récemment pour la semaine évènement du 18 joint nous avons eu le loisir de lire quelques articles assez objectifs dans Libération. Ce journal est celui qui a lancé le premier appel du 18 joint en 1976, 30 ans plus tard quels sont les rapports du CIRC avec ?

A. D. : Bon, bien que Libé ait un peu étrillé Jean-Pierre lors d'un article le 19 joint, pardon, juin. Mais nous avons de bons rapports avec la presse écrite en général sauf le Figaro. Avec la télé c'est plus dur mais notre couverture presse s'améliore d’années en années. Je peux t'assurer que malgré notre nom et notre logo ils ne nous prennent pas trop pour des clowns mais plutôt pour des acteurs sociaux militants contemporains sur un sujet brûlant.


CNW : Le CIRC ne devrait-il pas chercher des supports médiatiques, afin de toucher le grand public et espérer faire ainsi évoluer les moeurs, serait-ce possible avec Libé ?

A. D. : Libération n'est pas un sponsor de luttes politiques. C'est un journal généraliste. Lorsqu'il parle de nous et de nos idées, cela s'inscrit dans une démarche informationnelle. Parmi les sujets d'actualité française, le Cannabis.
Il n'y a presque plus de presse militante politique en France qui pourrait relayer notre cause plus en détail. Nous devons toucher le grand public en allant sur le terrain à sa rencontre ou en faisant des coups médiatiques comme le 18 joint qui nous offre un fenêtre de communication.


CNW : Pourquoi ne pas avoir quelqu'un de "re"connu qui médiatiserait un peu plus le CIRC ?

A. D. : On a Jean-Pierre. L'ai pas bien not' Jean-Pi Pi. Sérieusement, si tu rencontres, un jour un groupe de Rock n'roll. Demandes-le lui. Il te répondra, je l'ai entendu à maintes reprises : ce n'est pas mon métier. Mon métier c'est chanteur.
Globalement, personne ne tient réellement à devenir l'idole des jeunes fumeurs, a être marqué « fumeur de joint ». Alors qui de connu ? Le prochain président de la Rép.. Je pense que le premier politique qui misera sur l’avancée sociale de la légalisation du Cannabis marquera le coup.


CNW : Que peut-on faire pour que le débat intéresse les français, au lieu de l'esquiver comme cela se fait aujourd'hui ? Puis, comment faire changer les mentalités en France ? Si l'opinion publique est majoritairement prohibitionniste, il n'y aura sans doute jamais de volonté politique en faveur d'une dépénalisation ou d'une légalisation.

A. D. : Détrompe toi, le sujet intéresse énormément les Français. C'est tellement le cas que même la presse en parle. Le directeur de Sciences Politiques Paris, le directeur de la Sofres, l'institut de sondage, pensent que la légalisation du Cannabis fait partie des 10 sujets qui feront la présidentielle.
Le dernier sondage que nous avons lu montre un basculement de l'opinion depuis trois quatre ans, vers la majorité pour la dépénalisation, 60 %, dont seulement 20 % pour la légalisation. Notre effort doit se porter sur ces personnes.


CNW : Est-il impossible d'organiser un réel débat télévisé (ou du moins qui soit vu/lu par le plus grand nombre de gens) pour affronter les arguments, et pouvoir se défendre directement des arguments infondés qui soutiennent la propagande pro prohibitionniste ?

A. D. : Les derniers débats qui ont eu lieu à la télé n'ont pas été aussi lamentables qu'il y a dix ans. Le débat progresse. Avant 2007, nous participerons à d'autres débats.




5. 18 joint 2006 : Les 30ans de l'Appel



CNW : D'après toi le 18 joint 2006 a-t-il été un succès ?

A. D. : Vu le contexte, c'est déjà pas mal qu'il y ait eu des 18 joint en 2006, du monde à peu près comme l'année dernière et des politiques en nombres. Nous aurions préféré un mouvement plus massif ? Oui. Avons-nous été entendu quand même ? Oui avec pas moins de cinq articles dans la grande presse. Ferons-nous mieux l'année prochaine ? Le contexte s'y prête mieux. Serons-nous plein à travailler le prochain 18 joint dès le mois de novembre ?


CNW : Es-tu satisfait du déroulement des Etats Généraux pour la Légalisation du Cannabis du 11 au 21 juin ?

A. D. : Les échos que j'en ai eus ont été bons. Le sérail antiprohibition ne s'était pas réuni depuis longtemps pour partager son naufrage sous la Droite. Il vaudrait mieux demander au CIRC Paris, l'organisateur, son bilan.


CNW : Comment avez-vous fait pour organiser l'Appel du 18 joint à la Villette ? Les autorités sont au courant de cet événement, comment réagissent elles ?

A. D. : La Villette est un lieu privé et jamais le propriétaire des lieux, la Cité des sciences, n'a agit pour interdire le 18 joint. Il ne serait pas facile de toute façon de réprimer le 18 joint au milieu de la foule qui vient au Parc.
Du coup, les zotorités réagissent assez mollement avec la traditionnelle convocation du président du CIRC Paris par les RG, parfois, une interdiction formelle, mais en général, rien. Le CIRC Paris en sait plus que moi sur les détails.


CNW : Vois-tu un crescendo par rapport aux appels précédents ?

A. D. : Non, euh, oui. Non parce qu'au lieu d'une dizaine de rassemblements au plus fort des années 90, nous n'en sommes plus qu'à trois. Oui parce que la répression que l'on peut penser au plus fort après 4 ans de Narkozysme, n'a rien pu empêcher.
En règle générale, les gouvernements essayent toujours de mener campagne contre le Cannabis au début de mois de juin. Le hasard, crois-tu ? Où l'effet 18 joint ?


CNW : Ne penses-tu pas que c’est en augmentant le nombre d'évènements de ce type, avec des fumeurs intelligents (pas de "foutage de merde", ni de renfermement dans des stéréotypes si tu vois ce que l'on veut dire...) que l'opinion publique pourra changer ?

A. D. : Oui, certes, mais le contexte ne s'y prête que moyennement. En prenant l'exemple du CIRC Bretagne, nous n'avons rien fait cette année alors que les années précédentes, nous participions au moins à une dizaine de festivals ou gros concerts en plus du 18. Mais voilà, des pressions systématiques sur les organisateurs qui nous invitaient nous ont systématiquement interdit de stand l'année dernière. Pour le 18 joint, nous nous sommes rendu compte que la police vidait notre lieu de rassemblement un petit quart d'heure avant le début de manif pour mieux prendre les participants en photos. Comme on n'est pas des balances, on a arrêté cette année. Autant dire qu'après des années euphoriques, nous avons du mal à trouver de nouvelles stratégies, forcément clandestines pour contourner les pressions. Mais en 2007, après l’élection, miam...


CNW : Avez-vous eu des réactions (ex : hommes politiques, etc...) après les évènements liés au 18 joint ?

A. D. : Durant le 18 joint, oui, mais tu sais, qu'en actualité après l'heure c'est plus l'heure. Après c'est Sarko qui a donné le ton avec sa proposition d'amende pour le consommateur.


CNW : Quelle est ton opinion sur la (non-)prise de position de personnalités (je pense tout particulièrement à Bernard Kouchner) ayant signé l'appel de 1976 mais pas celui de 2006 ?

A. D. : Je pondère. Vu les sujets traités par le Docteur Kouchner, le Cannabis n'est sans doute pas une priorité. Kouchner a répondu de nombreuses fois déjà sur cette question. Je crois qu'il ne tient pas malgré son image pure de French Doctor à passer pour le Monsieur Cannabis, ou du moins pour celui qui le réclamerai. Ceci dit, rien n'est fait à propos de la campagne 2007. Kouchner a du charisme et se mettra vraisemblablement dans le staff d'un candidat. Nous verrons à ce moment là quand la question lui sera à nouveau posée.




6. Cannabis Thérapeutique



CNW : Et le cannabis thérapeutique... Le droit aux malades de se soigner... C'est une barbarie que de priver de leur "médicament" des personnes souffrantes de terribles maux. Les vertus thérapeutiques du cannabis sont parfaitement reconnues. Il suscite frénésie et passions dans le monde médical, il présente de réels intérêts dans le traitement d'une multitude de pathologies, les scientifiques ne cessent de s'y intéresser, et il est, aux yeux des malades, une plante salutaire, la panacée... Il est légalisé dans de nombreux pays, alors qu'en France, les malades le cultivant risquent des sanctions astronomiques ! Le CIRC ne devrait-il pas engager en priorité un combat dans ce sens ? A quand, comme prochainement à l'image des Pays-Bas Pays-Bas, du Québec voire de l'Allemagne, une pharmacie cannabique en France ?

A. D. : Permets moi d'abord de dire que c'est la partie la plus lamentable de la prohibition parce qu'elle fait souffrir nombres de malades qui n'ont pas accès au Cannabis pour se soigner ou oblige les autres à la clandestinité. Cette cruauté est absurde. Nous rencontrons des malades, usagers thérapeutiques très souvent. Certains d'entre nous soutiennent bénévolement des malades par un apport technique, matériel ou pédagogique clandestin.
La France est à moitié en retard dans le domaine du Cannabis. Sanofi Synthélabo, donc Total, étudie le médicament Sativex... au Canada. On ne sait pas trop ce qu'ils bouinent en France. Mais si tu veux suivre l'actualité internationale du Chanvre Thérapeutique, il faut traverser les frontières grâce à l'www.ACMED.org.
Que faire face à l'inertie politique actuelle ? L''idée qui a germé au 18 joint, cette année, est de fédérer les malades en clubs de malades. Ces cercles privés existent au Canada, dans certains états US, en Suisse. Cela permet aux malades de se soutenir et quand ils en ont le droit d'être épaulé par la médecine.
En France la clandestinité pour tout le monde, médecin compris, donc pas facile. Mais ce sera sans doute mieux pour anticiper un avenir meilleur.
Je réponds en vrac à la rafale de tes questions. Le CIRC s'est entendu être accusé il y a quelques années de vouloir instrumentaliser le sort des usagers thérapeutiques. En gros, on nous reprochait de faire pleurer sur le dos des malades, de nous servir des malades pour que les valides continuent à faire la fête. Ça a fait mal. Mais on en rencontre tous les jours des malades.
Rêvons un peu. Dans les pharmacies, aux Pays Bas, les malades se plaignent du moindre choix proposé. Certains Coffee shop sont nettement mieux achalandés. Par contre les balances des pharmacies sont plus précises, selon un sondage du Ministère de la Santé. On rêve coté français.
En spray, en teinture, en gélules, en sirop, en vapo, en petite fumée ou en lait, personne n'a encore réussit à savoir grand chose sur les cocktails cannabiques. Leur réelle efficacité n'apparaît qu'à peine mais son potentiel, son champ d'applications soupçonnables est très large.
Il est scandaleux de priver les malades français ou de ne préparer que le monopole des industriels de la pharmacie de type Sanofi-Synthélabo. Mais la mobilisation des malades se heurte à la difficulté pour eux de cumuler le handicap de la maladie et le militantisme. Mobilisation ?




7. Coffee Shop



CNW : Que penses-tu des sites comme CannaWeed qui prônent l'autoproduction ?

A. D. : Que du bien ! Cannaweed, les grow shop, et le CIRC qui le réclame avec la légalisation ont entraînés un certain nombre de personnes vers la culture de fleurs. Là, je veux bien être condamné pour incitation à la culture de fleurs. La démocratisation de l'hydroculture est à mettre aussi à notre crédit. Globalement, à travers les témoignages que je récolte les zotorités Douanes, Gendarmerie et police sont plus soft sur l'autoproduction au mètre carré. Faire gaffe au dessus de 2 mètres carré.
C'est un passe temps assez agréable. Pendant ce temps là on ne courre pas les cages d'escalier à la recherche d'une boulette. C'est moins cher. Avoir son petit soleil l'hiver, ça requinque son jardinier.
Je fais pousser depuis plus de 20 ans mais j'ai beaucoup appris ces dernières années. C'est décidément une fleur très particulière que j'ai du mal à récolter. J'ai des tomates aussi.


CNW : Quels sont tes goûts musicaux ?

A. D. : N'importe quoi qui réinvente la musique mais j'aime bien ce qui a du sens, même en anglais. Fight for your right de Marley, Manipulé des Tagada Jones, Jeanne Chéral...
J'ai pas mal fréquenté les salles de concert. En plus en Bretagne comme on n'aime tous la musique...
Sous canna, la musique a un autre relief.


CNW : Indica ou Sativa ?

A. D. : Indica, soft, hilarante et pas scothchante ; pour la journée.
J'ai beaucoup diminué mes doses après un sevrage long, l’hiver dernier. Je n'aime plus abuser sauf en teuf une fois de temps en temps.


CNW : Une variété préférée ?

A. D. : Difficile. Ça dépend des moments. La famille des White, dont la White Widow de Dutch passion est terrible. A petite dose, une ou deux poche à graines, moitié tabac, moitié white, en petit stick à l'américaine, avec filtre. J'en ai les zygomatiques encore tout retourné sourire.




8. L'avenir...



CNW : Quels sont les futurs projets du CIRC ?

A. D. : En 2002, la Une du BZHach, le journal du CIRC Bretagne, titrait « Que faire de sa carte d'électeur ? » et proposait élégamment d'en faire un filtre de pétard. Après 5 ans de prohibitionnisme forcené, une loi supplémentaire de punition au volant, peut être une autre dès l'automne 2006, faut il prévoir encore pire sous un Sarko président ? Faut il espérer mieux d'une gauche remise en selle ? Quelle gauche ? Et Madelin ? Qui veut voter Madelin ?
Déjà évoquée dans l'interview, la place des futures élections 2007, présidentielles et législatives, est prépondérant dans le calendrier qui s'annonce. Répondre aux propositions ultra répressives du gouvernement De Villepin est la première priorité de la rentrée. Pour la suite, l'objectif est d'avoir accès aux politiques qui feront l'élection afin de construire au plus tôt l'opinion que le Cannabis fait partie des sujets qui feront le fond de la fin de campagne pour gratter les petits pourcents qui font l'élection.
Dans cette perspective et fonction des résultats, en général, en mai et début juin, le 18 joint 2007 peut se construire (affichage, tractage) durant la campagne officielle. Il sera plus difficile à la Droite au pouvoir de sévir sur les acteurs d'un sujet d'actualité. Ensuite il faut parier sur un résultat qui permette une mobilisation la plus large possible. Ne penses tu pas que tous ceux qui se sont fait serré(e)s durant les derniers 5 ans Narkozystes seront parmi les premiers à être contents qu'il soit boulé dès le premier tour ! On les appellera à venir fêter ça le 18 joint.


CNW : Comment vois-tu l'avenir concernant la politique française sur la question du cannabis ?

A. D. : Raisonnable c'est à dire étayée. La prohibition est extrémiste. Elle implique le sevrage mais c'est souvent la pharmacie qui trinque. Que la consommation de Cannabis soit festive ou thérapeutique seuls sont à comprendre l'abus, la contre indication, l'effet nocif. Sans doute doit on aussi accorder une attention particulière au pourquoi nous vivons dans une société avec drogues et pas sans drogues, en référence à Anne Coppel, présidente des AFR, la Réduction des risques en France. Pourquoi on se « drogue » et moins comment on se procure le produit, demain, en Cannabistrot.
En quelques années, et au delà des critiques qui font de nous des petits cons de fumeurs de joints, les membres du CIRC les plus pointus ont rencontrés des docteurs en Droit, des docteurs tout court, des chercheurs, des avocats, des journalistes, des sénateurs, et des milliers de fumeurs de joints. Le rôle des associations de consommateurs de drogues assumés, tel le CIRC ou Asud, est désormais partout reconnus. Le Parlement européen a reconnu le bien fondé de l'action de nos associations en recommandant leur subventions par les Etats européens. En France c'est la Justice qui prend ses subventions sur le dos des responsables du CIRC. On est reconnu en France. On a notre loi : l'incitation qui réprime plutôt que de nous associer à la réflexion collective, en contradiction avec les pratiques européennes.
Alors, optimiste, pessimiste ? A l'attaque, il vaut mieux être optimiste.


CNW : Pour conclure, des remerciements à faire, ou une envie d'exprimer quelque chose en particulier ?

A. D. : Merci à Cannaweed d'exister et de faire avancer notre cause. Merci aux adhérents et sympathisants qui nous font part de leur confiance en nos actions, nous y aident et nous encouragent à persévérer.
Merci à Mohammed VI de ne pas éradiquer la culture marocaine.
Merci à Sarkozy et son discours tellement contre productif qu'il nous aide à convertir la population française vers plus de tolérance envers les fumeurs de joints. Merci à Chirac de trouver une solution de paix pour le Liban et qu'enfin nous puissions trouver du libanais rouge de la plaine de la Bekaa. Merci à eux de continuer à pourrir indûment le Cannabis, et puis de tirer leur révérence en Mai 2007 prochain afin de laisser la place à une équipe plus équilibrée.



Au nom de tous ceux qui ont proposés leurs questions, je te remercie grandement de tes observations et réponses.

Salutations Cannabiques
Vyking





. Annexes



[Interview CIRC] posez vos questions ! [Interview CIRC] posez vos questions !

Appel du 18 joint 2006 - Historique & 18 joint 1976 - Le 18 joint 2006 dans la presse, les médias et le web en parlent...

Le forum du CIRC est arrivé ! Le forum du CIRC est arrivé !




Liens relatifs :

cannabis Evenements Retour à la section : Evenements
cannabis Evenements Retour au sommaire des sections
cannabis Evenements S'enregistrer et devenir membre de CannaWeed.com
cannabis Evenements Débatre de ce sujet sur le forum
cannabis Evenements Signaler une erreur, un lien mort (erreur 404) sur cet article
cannabis Evenements Soumettre un ajout, une idée, modification sur cet article