L’oasis, les chameaux et les grottes pluricentenaires…
Au beau milieu du désert de Gobi, à une longue nuit – ou plus, ca dépend, forcément – de train des premières villes importantes, on trouve un oasis un peu particulier, Dunhuang.
Particulier par ses dimensions, tout d’abord, on est loin de l’oasis « palmier-plan d’eau » de notre imagination enfantine, il s’agit une ville bien développée, notamment grâce à l’argent du tourisme.
Particulier surtout par son histoire, intimement liée à celle de la Route de la Soie, qui reliait l’Europe à l’Empire du Milieu. Dans les falaises friables situées dans le désert environnant, les riches familles, souvent commerçantes, sont venues ici dès le quatrième siècle creuser des grottes consacrées à la religion bouddhiste, émergente dans les premiers temps. Le site le plus important s’appelle Mogao Ku, les grottes de Mogao, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco en 1987.
1- L’histoire des grottes de Mogao
Site en 1900Peu après notre arrivée, nous avons dirigé notre visite vers ce haut lieu du bouddhisme asiatique. 5 étages sur 1.6km de long, environ 500 grottes, la portion la mieux conservée se visite sous la férule d’une guide (anglophone, de surcroit) passionnée, ouverte et incollable. Jusqu’à 18 monastères furent simultanément en activité. La période couverte correspond à 16 dynasties, les principales étant les Wei du nord et de l’ouest, les Zhou, les Sui, et surtout les Tang, célèbres pour leur maitrise artistique ainsi que le nombre de grottes qui leur est attribué.
Portion de muraille, chaque porte correspond à une grotte familiale. Les murs fragiles ont été solidifiés pour éviter l’effondrement de la falaise. Ce fut non seulement un lieu de recueillement et d’offrandes, mais également de travail avec des traductions de sutras, des bibliothèques, des librairies.
Sutra du diamant.L’évolution est assez nette d’une dynastie à l’autre, depuis les premières grottes aux représentations très indiennes jusqu’aux dernières grottes véritablement dotées du style bouddhique chinois. Le brassage très important du aux caravanes a produit une mixité qui se retrouve jusque dans les œuvres
Fresque du IXe siècle représentant des personnages fréquentant Dunhuang issus de diverses origines géographiques : Chine, Asie centrale, Tibet, Iran...Ces grottes nous sont parvenues grâce à l’isolement géographique dont elles ont bénéficié, tout aussi bien pendant la persécution du bouddhisme en 845 que lors de la révolution culturelle : trop loin, trop cher.
2 – Quelques grottes
Dynastie Wei :
Grotte 285, Wei de l’Ouest (535-556)Dynastie Sui :
Grotte 427Dynastie Tang :
Grotte 328 : le Bouddha Sâkyamuni entouré d'Ananada – le sage - (à gauche) et Mahâkasyapa – celui qui a souffert -(à droite) et de deux bodhisattva (au premier plan). On ne voit pas les trois autres statues, originellement quatre mais dont une fit partie d’expédition vers l’Europe ou les USA.3 – Le cas très particulier de la grotte 17
Cette fameuse grotte 17 a été (re)découverte il y a un peu plus de cent ans, par hasard. Wang Yuanlu, gardien du site, en nettoyant le sable entré dans la grotte 16, se rendit compte qu’un des murs sonnait creux. Il creusa et mit à jour l’une des plus belles collections de manuscrits et d’imprimés au monde. Cette grotte de très petite dimension, scellée au XIeme siècle servait de lieu de stockage, pour des raisons encore discutées.
Photo d’Aurel Stein, 1907. On aperçoit sur la droite l’entrée de la grotte 17, au fond, la grotte 16. Bons nombres de manuscrits sont déjà hors de la pièce lors de cette photo. Ces documents inestimables et pour la plupart uniques ont été rapidement l’objet de l’intérêt d’expéditions européennes, notamment française et anglaise en les personnes de Paul Pelliot et Marc Aurel Stein qui se servirent très largement, en premier et à un prix dérisoire. Wang vendit ces documents pour continuer à remettre en état le site.
Pelliot étudiant les manuscrits.
L’expédition d’Aurel Stein (au centre).Une grande partie de ces trésors se trouve désormais aux quatre coins du monde : Paris (musée Guimet), Londres, Saint-Pétersbourg, New Delhi, Pékin, Shanghai, Tianjin, ainsi qu’au Japon…
Pour en savoir beaucoup plus sur les grottes de Mogao.
4 – Le désert de Gobi
A Dunhuang il est également possible de louer les services d’un chamelier, pour une durée et un prix à déterminer ensemble. Un peu juste sur le weekend, nous n’avons pas pu passer la nuit dans le désert, à notre grand regret.
Cependant, la longue promenade après-midi + soirée restera un moment unique. Quelques photos pour illustrer.
Entre l’oasis et le désert, la vallée des tombes.

Notre guide derrière FangFang à gauche et LingLing à droite. On a assisté à la tonte juste avant de partir, c’est pour ca qu’ils ont l’air un peu dépoilés…5 – L’oasis du croissant de Lune
Avec un peu de motivation, on peut s’y rendre pour le lever du soleil, avant que la meute de touristes chinois ne débarque. Meute, le mot est assez faible, pour décrire une foule hurlante, envahissante, qui se permet de jeter tout et n’importe quoi dans les dunes, dans l’eau, malgré la disposition de très nombreuses poubelles. Qui n’a pas fait de tourisme en Chine n’a pas le droit à la contradiction, c'est tout :-D.
Bref, passé 6h30, vous êtes mieux calés en haut des dunes environnantes à profiter du lever du soleil qui vient vous réchauffer progressivement à profiter de la vue magnifique que dans la masse grouillante. Le site reste magique.



Voilà pour ce petit trip report, nous sommes également passés par les grottes de XiQian Fodong, beaucoup moins bien conservées que celles de Mogao, mais dans un oasis surprenant, dans une crevasse en plein désert.
En espérant que ce petit reportage vous aura plu,

Source et infos supplémentaires :
- Universite du bouddhisme
- Lien Wapedia
- Digital Silk Road project
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