Salut ,
c'est vrai qu'on s'ecarte du sujet.
Perso , j'ai commencé à picoler à 14 ans , et j'ai arrété à 18 ans et demi ,
j'en etais à deux grosses cuites/ jour , je commençais à boire avant de me lever , sinon , impossible ,
les mains qui tremblent , le corps qui ne reponds plus .
Je faisais des melanges medocs / alcool qui m'envoyaient dans un autre monde.
A 15 ans , je vivais dans la rue , liberté totale , defonce , ultra violence , les squatts , le vieux Lille ,
les potos , et ceux qui le sont moins , et ceux qu'on retrouve morts , de froid , d'OD , de misere.
C'est un flic qui m'a donné ma chance , il a appelé les parents qui ont accepté de me reprendre ,
le blem , c'est que j'etais completement accro à l'alcool , j'en arrivais meme à boire du parfum ...
Alors pour me sevrer , j'ai utilisé de la colle à rustine , la fameuse pastali ,
c'etait beaucoup plus fort que l'alcool ,c'etait dur , mais la colle passait au dessus .
(à ce moment là ,pour moi , la fumette , c'etait bon pour les enfants , comparé aux amphets ,
neocodion et autres saletés ,ça me paraissaient etre du petit lait ).
Et je restais cloitré au domicile , sans voir personne.
Et avec des parents qui me proposaient de boire midi et soir ...
Ce qui m'a décidé à arreter , c'est de voir que tous ceux autour de moi , qui avaient mon age , mourraient
ou etaient en train de mourrir de defonce.
J'ai laissé des amis , un vrai frangin (qui en est arrivé à se piquer avec du ricard) et je me suis retrouvé dans un
monde que je ne connaissais pas , que je ne comprenais pas et que j'ai toujours du mal à comprendre.
Et j'ai été bosser de nuit , à l'usine , à la chaine , je crois que c'etait le seul boulot que j'etais capable de faire ,
et je crois que ça a été ma premiere victoire sur la vie.
J'ai apprit à ravaler ma rage et à ne pas defoncer le premier qui me regardait de travers
j'ai apprit à baisser la tete , en etant conscient d'etre un loup dans un monde de chiots
Apres , j'ai fait quelques petites rechutes , le besoin de me defoncer à l'alcool , et puis , j'ai arreté totalement .
Là ,la derniere fois où j'ai bu de l'alcool , c'etait il y a un an , bon ,je l'avoue , j'ai commencé à 19h pour m'arreter à 4h du mat , verre sur verre de punch bien corsé , et je suis rentré chez moi , et le lendemain , gueule de bois terrible.
Ici , j'ai de l'alcool , mais je n'en bois pas , je ne bois de l'alcool que pour me defoncer et à fortes doses , et comme
j'ai l'alcool tres sociable , ça ne derange personne , et comme en plus ,je vis seul.. .
Il y a quatre ans , j'ai eu une suite de coups durs , et j'ai ressenti ce besoin de boire , cette envie dans tout le corps de sentir l'alcool couler dans ma gorge comme si ça allait iradier à l'interieur , comme si tout allait s'arranger .
retrouver cette sensation oubliée m'a fait peur , et je n'ai pas succombé. C'est horrible que le corps et le cerveau puissent garder ça en memoire.
Quelques fois , je regrette cette periode où je me sentais avec les miens , c'etait dur , glauque , sordide , mais je me suis quand meme bien marré , et c'etait moins dur que de rester chez les parents , et si j'etais resté dans la rue , j'aurai fait de la taule et j'aurai fini par mourir comme tous les autres. Forcement.
Je sais que si je bois plus de deux jours d'affilée , le troisieme , j'ai envie de boire en me levant .
J'aime l'alcool , si je le pouvais , je me soulerais toute la journée , mais ça a été trop dur pour arreter , et je ne sais pas
si j'aurais la force de recommencer à arreter encore une fois.
en arretant l'alcool , j'ai aussi supprimé une partie de moi meme , celle de ce jeune insouciant , délirant et plein de chaleur humaine pour devenir quelqu'un qui essaye de se controler pour ne pas vider la premiere bouteille qui passe.
ensuite , apres etre sevré , j'ai essayé de retourner à l'ecole , je me suis fait aussi de nouveaux potos , qui connaissaient mon histoire et m'ont accepté , ils m'ont emmené faire du kung fu , les trois premieres sceancs , je suis arrivé un peu éméché ,
et le maitre m'a accepté malgres tout , et je ne suis plus jamais arrivé ivre , je crois que c'etait la premiere fois où on montrait une veritable bienveillance envers moi.
ensuite , j'ai fait une formation de bucheron , puis j'ai bossé comme élagueur , tout en continuant les arts martiaux.
Les metiers forestiers sont tip top au niveau sensation , on ne sait jamais si on va rentrer vivant le soir , et j'aimais ça.
Puis , j'ai encadré des chantiers avec des personnes beneficieres du RMI (en 88) , et j'ai decouvert le plaisir de partager avec les autres , le plaisir d'aider , de se sentir aidant , et j'ai continué par la suite à bosser dans le social , avec plein de "publics" differents , et je m'y suis epanouit.
Dans cette petite vie , j'ai fait pas mal de trucs , j'ai voyagé aussi , parcouru un peu l'Asie , un peu d'humanitaire , et beaucoup d'aventures , que je n'aurais pas pu faire en restant alcoolique , et en meme temps , si je n'avais pas connu l'alcool et les souffrances qui vont avec , je ne sais pas si j'aurais mené une vie finalement assez extreme , à naviguer entre le bien et le mal , la raison et la folie.
Je vis seul dans un ancien presbytere, avec mon chien vieillissant , je n'ai pas eu d'enfants , par peur de reproduire ce qu'on m'avait fait .
Je suis dans le creux de la vague , en ce moment , je sais ce que je ne veux plus faire , et pas tout à fait ce que je veux faire.
Quand mon chien sera mort , je pense que je vais lever les voiles et partir "vers de nouvelles aventures" , mais mon corps commence à se rappeler tous ces excés.
J'avoue que je n'avais pas prevu de vivre aussi longtemps.
bon courage et bonne chance à vous tous