Former les brigades du martyr Bernard Rappaz ?

Par Invité ,

 

Face à l’inadmissible, l’insupportable, l’arbitraire, le devoir est de se révolter. Dans ces cas, les insoumis se déchirent souvent dans l’éternel conflit entre la non-violence active et l’action violente (sélective ou pas). Je ne prétends pas détenir la vérité en prônant le plus souvent possible le dialogue et la négociation, la haine aveugle parfois mon jugement et me pousse alors à la rébellion hardcore. Je pense qu’il convient d’user des moyens démocratiques jusqu’au point ou la démocratie devient une farce qu’il faut dénoncer par tous les moyens.

 

Source : Chanvre-info

Savoir arrêter

La manière de Bernard est très violente pour lui mais aussi pour ses proches et pour les militants de sa cause. Je me sens pris en otage dans ce jeu de la mort et je ne vois pas les foules se lever pour soutenir notre "Gandhi du chanvre". Une action pacifique n’a de sens que si elle déclenche la réaction des masses. Nous sommes encore loin du compte et je pousserai donc Bernard à stopper avant un drame, il a prouvé la partialité de la justice valaisanne, il a poussé douze élus à le défendre, à nous défendre, il obtiendra toute la couverture médiatique pour donner sa version à sa sortie...

 

Des raisons pour continuer

D’un autre coté, il ne peut laisser l’arbitraire et la violence d’Etat l’emporter. Il estime, à juste titre, avoir joué le jeu de la concertation et de la négociation avec les autorités. Il doit penser qu’on l’a bien entubé. Toutes les plus hautes instances politiques et spécialisées s’étaient prononcées pour une réglementation du marché. La Lstup était appliqué de manière très libérale au niveau national mais il a quand même respecté la volonté valaisanne de fermeté jusqu’à sa réforme en ne vendant pas de fleurs sur son canton. La logique voudrait que le Conseil Fédéral prononce la désuétude de la loi entre 1994 et l’entrée en vigueur de la nouvelle Lstup et une amnistie pour les délits liés au chanvre dans cette période. De l’avis des parlementaires et du gouvernement, l’expérience de régulation n’as pas fonctionné, il l’avait pourtant soutenue ou au moins laissé faire. Il est inacceptable et immoral de condamner comme des criminels les partenaires de négociations d’hier, potentiel vainqueur d’une votation demain.

 

Comment expliquer le soudain revirement du Conseil National ? Comment ne pas tenir compte de ce processus dans la gestion des affaires judiciaires entretenues pendant cette période, au cas ou, par de zélés juges et policiers ? Comment ne pas entendre la réponse du peuple, 105 000 signatures, à la non entrée en matière du Conseil National ? Comment ne pas attendre une nouvelle loi plus claire pour changer de politique sur le terrain ? Si une autre minorité était aussi maltraitée, les média et l’opinion s’insurgeraient mais pas pour des « drogués » et des « dealers de folie et de mort ».

 

De puissants adversaires

Il existe des forces occultes très puissantes qui mènent une croisade contre le chanvre, contre toute forme de réforme de la politique des drogues, contre toutes les réformes progressistes et pragmatiques. Ce n’est pas une conspiration mais une convergence d’intérêts entre ceux qui exploitent la crédulité et la souffrance, sectes religieuses et partis populistes, ceux qui profitent du marché noir, mafias et industries de la sécurité ou du blanchiment, ceux qui ne veulent pas de concurrence, tabac et alcool, ceux qui veulent garder la maîtrise psychologique et financière sur les anti- douleurs comme l’industrie pharmaceutique et les églises.

 

Alors que le débat public tournait largement en faveur de la politique des quatre piliers, avec l’éducation à la santé et à la réduction des risques sur toutes les drogues légales ou non et un marché réglementé du chanvre, nos vils adversaires préparaient discrètement une campagne de calomnie dans la presse populaire, un maintien sous pression policière et judiciaire des principaux leaders chanvriers, une campagne de propagande et de pressions auprès des décideurs, un retournement inexplicable de parlementaires bourgeois poursuivis jusqu’aux toilettes juste avant le vote.

 

Toujours la même histoire

Nous aurions pu prévoir ce farouche combat d’arrière-garde, il en est toujours ainsi quand un gouvernement ou un parlement vote pour réformer la politique des drogues. L’actualité récente regorge d’exemples de la Russie au Canada, de la République Tchèque au Mexique, du Brésil à la Hongrie, où les experts et les élus du peuple veulent et votent pour une réforme du statut des drogues et où le Président l’enterre en force après une visite de Condie Rice ou de G.W. Bush et des pressions variées. La seule bonne nouvelle est qu’ils soient maintenant obligés de faire donner les chefs car la meute ne suffit plus à calmer l’ardeur réformatrice. Nous pensions que la Suisse était au-dessus de ces bassesses, fatale erreur que Bernard risque de payer de sa vie. A dix voix près, Bernard risquait toujours une inculpation financière et fiscale mais on ne parlait plus de trafic de hasch, de graines ou de boutures pas plus que de tonnes d’herbe qui n’auraient sans doute pas terminé en huile essentielle. Ayant le sentiment d’avoir été grugé, Bernard veut continuer la lutte, faire éclater la vérité et rétablir l’équité, le peuple décidera.

 

Pot de terre contre pot de fer

C’est précisément cette fantastique démocratie directe qui fait peur aux prohibitionnistes. Ils n’ont pas encore totalement réussi leur hold-up sur la politique des drogues. Voilà pourquoi ils exigent la tête des militants, de préférence en les humiliant et les salissant, pour qu’il en reste suffisamment d’images négatives au moment de la votation et surtout pour qu’il ne reste personne pour financer et animer la campagne. Le soi-disant « lobby du cannabis » n’est qu’un pot de terre contre le pot de fer de la prohibition. Une campagne coûte des millions. A titre d’exemple, les radicaux (surtout valaisans) ont reçu 1,2 millions de CHF rien que pour récolter 115.000 signatures pour brider le droit de recours des écologistes. En Valais, l’argent afflue quand il s’agit de bétonner ou de blanchir en paix. Interdisez la publicité pour les alcools, faîtes respecter l’interdiction de vente au mineurs, informez activement sur les ravages sociaux et sanitaires de l’alcoolisme et des millions tomberont du Cervin pour financer un référendum contre votre loi d’utilité publique.

 

Démocratie ?

Le comité pour l’initiative ne dispose pas du quart de la moitié du premier million. La presse populaire alémanique comme francophone nous est ouvertement hostile, pour quelles obscures raisons ? Le Conseil National se prépare à voter une loi qui ignore nos revendications. Le Conseil Fédéral recommande de rejeter notre initiative pour de mauvaises raisons. Les évangélistes, les scientologues, l’UDF, l’UDC et bien d’autres encore moins recommandables vont s’acharner sur nous. Avons—nous une chance d’exposer dignement nos arguments ? Pouvons-nous espérer convaincre et vaincre ? Bernard Rappaz le croit sinon pourquoi s’exposer à une telle douleur ? Par respect pour mes convictions et mes engagements, je vais y croire aussi.

 

Tora, tora, tora !

Mais si nos dirigeants laissent mourir Bernard (ou se transformer en légume), si nous n’avons pas la possibilité de mener une campagne équitable, si une décision arbitraire vient contrarier le processus démocratique, il n’y aura plus de place pour le Gandhi style. Il faudra fonder les brigades du Martyr Bernard Rappaz. Il ne sera pas encore question de se faire sauter au nom du dieu chanvre mais de marquer radicalement notre opposition. Nous pourrions commencer par lancer des kamikazes pour enfumer les Conseillers Fédéraux à coups de gros joints et les bombarder de boulettes de shit, par exemple le 1er août au Grütli ou à la cession d’ouverture du Conseil National. Il est toujours dangereux d’attaquer des symboles mais dans notre société du spectacle un beau scandale pour crier son désespoir vaut bien des discours.

 

Action directe

On pourrait aussi farcir de space cake et autre soupe à la weed ou bhang lassi, les buffets des manifestations officielles. Contrairement aux prohibitionnistes, je ne veux pas qu’on impose à quiconque la consommation d’une substance psychoactive mais piéger de la nourriture avec une substance non vénéneuse, qui plaira à certains et ne tuera ou n’invalidera personne, constitue un acte de résistance acceptable. Comme transplanter du cannabis dans les jardins des parlementaires bourgeois et appeler les photographes du Blick et du Matin ! C’est une grosse manip mais aussi de bien belles images en perspective. Toujours dans le visuel, nous pourrions utiliser nos Natels pour photographier et publier sur le Net les représentants de l’Etat (ou leurs enfants) en pleine consommation abusive de drogues légales ou non, surtout fin rond à la fin d’un banquet avec la dernière image au volant ou bien peinard à l’étranger. La menace du « outing » et le « drop naming » ont été des armes très efficaces pour la communauté gay. Je garde en réserve d’autres concepts de guérilla verte pour éviter d’en venir au trop classique cagoule/bombe/fusil qui ne se justifie pas pour la seule cause du chanvre.

 

Bien que je ne les envisage qu’en dernière extrémité, ces pratiques restent moralement contestables. Mais nos adversaires n’ont aucune morale, même s’ils se gargarisent en permanence avec ce mot. Alors, espérons seulement ne jamais avoir à utiliser ces armes redoutables.

 

Laurent Appel

 

 


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