Maastricht, capitale européenne de la drogue

Par Invité ,

 

Malgré le soleil, le vent qui souffle sur les quais de Maastricht est coupant comme un tranchoir. Il est 7 heures du matin, mais ils sont déjà plusieurs dizaines à s'engouffrer dans l'un ou l'autre des seize coffee-shops de la ville pour fumer leur premier joint de la journée et faire le plein de cannabis ou de haschisch. Dans quelques heures, ils seront des centaines. Pour rien au monde, ces jeunes, venus pour la plupart de Belgique, de France ou d'Allemagne, ne manqueraient cela. Car ici, comme partout aux Pays-Bas, rien n'interdit de se rouler un pétard et d'acheter de l'herbe.

 

Source : CIRC - Revue de presse

Les consommateurs ont le choix. Chaque établissement affiche les variétés dont il dispose. Seules restrictions légales : les clients doivent avoir plus de 18 ans et ne peuvent, théoriquement, acheter plus de 5 grammes de cannabis par jour. De quoi faire en moyenne une quinzaine de joints. Mais il est facile de visiter plusieurs coffee-shops et d'y acheter autant de fois cinq grammes qu'on le désire. Enfantin aussi, dans cette zone frontalière entre la Belgique et l'Allemagne, de contacter des producteurs clandestins qui n'hésitent pas à proposer du haschisch au kilo et parfois des drogues dures.

 

Les polices belge, néerlandaise et française ont ainsi procédé dernièrement à un vaste coup de filet sur plusieurs points de passage de la «route de la drogue» entre les Pays-Bas et la France. Bilan : 48 kilos de cannabis, 4 kilos de cocaïne, un kilo d'héroïne et un millier de tablettes d'ecstasy saisis et 28 personnes, 13 en Belgique, 10 aux Pays-Bas et 5 en France, interpellées.

 

En fin de journée autour des coffee-shops, le ballet des voitures étrangères et des dealers illégaux est tel que le maire (chrétien-démocrate) de Maastricht, Gerd Leers, a décidé d'employer la manière forte. « Chaque jour, entre 3 500 et 4 000 touristes se rendent dans les coffee-shops du centre-ville, soit plus d'1,5 million de consommateurs par an, explique-t-il. C'est trop. D'autant plus qu'il existe à Maastricht plus d'une centaine d'adresses, tenues par des particuliers en toute illégalité. Ce tourisme de la drogue entraîne de plus en plus de nuisances. C'est pourquoi j'entends prochainement concentrer une partie des coffee-shops en dehors de la ville, sur le trajet des grands axes routiers, afin de mieux surveiller ce commerce et de lutter contre les illégaux.»

 

Soutenu par les conseillers municipaux et par plusieurs gérants de coffee-shops, le projet du maire, baptisé «boulevard de la drogue» par la presse locale, tracasse particulièrement les communes belges voisines de Fourons et Lanaken. Une inquiétude vaine, selon la police néerlandaise, puisque de toute façon, 80 à 90% du trafic en direction de Maastricht passe déjà par la Belgique. «Le problème posé par la consommation du cannabis n'est plus une question d'ordre national, assure Peter Tans, porte-parole des forces de police de Maastricht. C'est un débat européen qui doit s'ouvrir. On ne peut plus se voiler la face. Ce n'est pas en déplaçant les coffee-shops que la consommation va augmenter en Belgique ou ailleurs. Les aficionados du pétard tenteront de toute façon de se procurer leur produit. Le vrai problème, à mon sens, est d'encadrer enfin la production et la culture du cannabis. Rien qu'à Maastricht nous avons recensé plus de 1 200 plantations illégales chez des particuliers. Une manne quand on sait que 15 mètres carrés de cannabis peuvent rapporter plus de 170 000 euros par an. »

 

De fait, la législation hollandaise est assez déconcertante. Depuis 1976, les Pays-Bas tolèrent en effet la vente de cannabis mais interdisent sa culture. Un peu comme si on autorisait un vigneron à faire du vin sans avoir de vigne. Par conséquent les propriétaires de coffee-shops vendent légalement un produit importé ou cultivé illégalement. Tout aussi troublant : bien que la culture du haschisch soit interdite, des dizaines de magasins spécialisés, les head shops, vendent tout ce dont peuvent rêver les pépiniéristes les plus exigeants, depuis les graines jusqu'aux engrais en passant par les lampes solaires [Note par Vyking : des growshops donc ^^] et les manuels édités en une dizaine de langues pour réussir ses plantations.

 

Situation absurde

 

Une situation ubuesque qui a conduit les trente plus grandes villes des Pays-Bas, dont Amsterdam et Maastricht, à engager un débat sur la légalisation, sous des conditions strictes, de la production de cannabis. Les maires de ces communes ont reçu l'appui de plusieurs groupes parlementaires, dont celui des sociaux-démocrates. Mais aussi des libéraux actuellement au gouvernement qui se sont prononcés en faveur d'une légalisation au niveau européen. Au grand dam du ministre de la Justice Piet Hein Donner qui préfère réduire le nombre de coffee-shops et durcir les conditions d'accès à ces établissements aux étrangers. Le nombre de coffee-shops est ainsi passé de 1 179 en 1997 à 754 en 2003. Le gouvernement veut également fermer les coffee-shops situés près des écoles. Cette réduction a valu aux Pays-Bas un satisfecit de l'Organe international de contrôle des stupéfiants (OICS) en mars dernier.

 

 

« C'est absurde, estime Mark Josemans, président de l'association qui regroupe les coffee-shops de Maastricht (VOCM). Le circuit illégal va se développer et les citoyens de l'Union européenne seront poussés vers ces circuits illégaux, qui proposent généralement des drogues dures. Comme d'habitude, le gouvernement préfère laisser pourrir la situation au lieu de s'attaquer au vrai problème.» En attendant, le bras de fer entre partisans d'une légalisation sous conditions et tenants d'un renforcement de la législation continue.

 


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