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Royaume-Uni : "non" au Brexit, "oui" au cannabis, les Lib Dems ciblent les progressistes


Alors que les programmes officiels doivent être publiés cette semaine, les Liberal Democrats ont annoncé que le leur comprendrait la légalisation du cannabis. Déjà ouvertement opposé au Brexit, le parti centriste tente d'attirer les progressistes, déçus par le Labour et hostiles à une « super-majorité » conservatrice, en vue de l'élection du 8 juin prochain.

 

 

Le leader du parti Tim Farron lors du lancement de la campagne

pour les législatives, le 1er mai. (Crédits : Reuters/Peter Nicholls)

 

A trois semaines de l'élection générale, le contour des programmes se précise, Outre-Manche. Après les fuites dans la presse des promesses de justice sociale du Labour et les mesures à destination des travailleurs détaillées ce lundi dans le Financial Times par Theresa May, les Liberal Democrats (centre) dévoilent eux aussi, au compte-goutte, leurs priorités. Parmi les plus marquantes, la légalisation pure et simple du cannabis.

 

Petite révolution au Royaume-Uni, où la production et la vente sont punies de 14 ans de prison, la démarche est peu surprenante au vu des propositions récentes du parti sur la question. Réputés ouverts sur les questions de société, les Lib Dems proposaient déjà, lors des précédentes élections, en 2015, de traiter l'usage de drogue comme un problème de santé plutôt que de sécurité publique. Un an plus tard, lors de la conférence de printemps du parti, les instances dirigeantes approuvaient le principe d'un marché régulé du cannabis, ouvrant ainsi la voie à la position actuelle.

 

31 millions de livres d'économies

 

Concrètement, les Lib Dems feront campagne, d'ici au 8 juin, pour la légalisation de la production et de la vente du produit. Inspiré du système mis en place dans certains Etats américains, comme le Colorado, la nouvelle législation permettrait l'ouverture d'officines spécialisées, qui vendraient des quantités régulées aux personnes âgées de plus de 18 ans.

 

Selon le parti emmené par Tim Farron, une telle politique casserait le monopole des réseaux illégaux et criminels tout en entraînant d'importantes économies pour les forces de police et le système judiciaire. En 2015, par exemple, plus de 87.000 dossiers liés au cannabis ont été ouverts par la police britannique, pour un coup de 2,256 livres par contribuable en moyenne. Mécaniquement, la légalisation libérerait les forces de l'ordre de plus d'un million d'heures cumulées de travail et permettrait l'économie de 31 millions de livres (36 millions d'euros).

 

Des recettes redirigées vers la prévention et la guérison

 

D'un point de vue législatif, les Lib Dems prévoient également d'abroger le Psychoactive Substances Act, qui interdit d'office l'usage de toute nouvelle drogue. Le parti va même plus loin, n'excluant pas que ce pas en avant mène vers la légalisation d'autres drogues récréatives comme la MDMA.

« L'approche basée sur la prohibition coûte énormément d'argent, criminalise beaucoup de gens et fait globalement beaucoup de mal, a expliqué à Buzzfeed Julian Huppert, candidat des Lib Dems à Cambridge pour les législatives. Nous dépensons beaucoup d'argent pour rendre la vie des gens encore moins bonne qu'elle ne l'était. Ce n'est pas correct. »

Comme en 2015, le parti préconise en parallèle de cette légalisation une politique de prévention. En réduisant, d'abord, le niveau de THC, la molécule responsable des principaux effets psychoactifs du cannabis, présent dans le produit. Une meilleure éducation en amont et un renforcement de la prise en charge des patients dépendants en aval sont également des priorités. Toutes ces mesures seront financées grâce... aux recettes engendrées par les taxes prélevées, comme pour les paquets de cigarettes. Près d'un milliard de livres (un milliard d'euros), assurent les Lib Dems, qui se basent sur un rapport réalisé lors de leur participation au gouvernement de coalition avec les conservateurs, entre 2010 et 2015.

 

Une deuxième annonce forte après le "non" au Brexit

 

Des Tories qui restent farouchement opposés à tout assouplissement de la législation en la matière, tout comme les travaillistes, plus enclins à allouer davantage de fonds pour tenter de réduire la consommation. Après leur opposition formelle au Brexit, malgré le déclenchement de l'article 50 du Traité de Lisbonne, les Lib Dems viennent donc de dévoiler une deuxième promesse de campagne marquante et radicale.

 

Dans l'espoir d'attirer un électorat progressiste, à la fois effrayé par le programme « socialiste » de Jeremy Corbyn et hostile à la perspective d'une « super-majorité » conservatrice. Pour l'heure, le parti centriste, qui assure avoir gagné des milliers de nouveaux adhérents ces dernières semaines, oscille entre 8 et 10% des intentions de vote.

 

Loin, très loin du niveau qui lui permettrait de retrouver un nombre de députés similaire à celui d'avant 2015, soit 57 sièges. Punis il y a deux ans pour leur participation à la coalition avec les Tories, les Lib Dems ne sont plus que neuf à la Chambre des communes.

 

Sasha Mitchell

 

Source: latribune.fr





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