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DU CANNABIS CONTRE LA DOULEUR CHRONIQUE?

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DU CANNABIS CONTRE LA DOULEUR CHRONIQUE?

 
 
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© iStock/FatCamera
 
S’il est connu pour être un psychotrope, le cannabis possède également des vertus thérapeutiques. Cette plante est désormais utilisée dans le domaine médical, notamment en cas de douleur chronique.

Le saviez-vous?

Notre corps produit ses propres cannabinoïdes. Ces molécules, nommées endocannabinoïdes, interviennent dans le fonctionnement de différents organes. Selon certaines études, elles protégeraient le système nerveux central, contribueraient à la régulation de la pression artérielle et agiraient sur la contractibilité cardiaque. Elles posséderaient également une action anti-inflammatoire et empêcheraient la formation de plaques dans les artères. Il s’agirait d’un mécanisme de protection de l’organisme qui rétablirait l’équilibre à la suite d’un stress. Synthétisées à partir des acides gras de notre alimentation, ces molécules restent moins longtemps dans l’organisme que les cannabinoïdes issus du chanvre.

Cultivé depuis des millénaires, le chanvre est une plante aux multiples utilisations. Tissus, cosmétiques, papeterie, matériaux d’isolation : il ne se résume de loin pas à son usage «récréatif». Lorsque la plante contient suffisamment de tétrahydrocannabinol (THC) pour avoir un effet sur le psychisme, on la désigne par son nom latin, cannabis, pour la différencier du chanvre industriel.

Outre son action psychoactive, le THC possède un effet vasodilatateur, bronchodilatateur et antispasmodique. Il stimule l’appétit et diminue certaines nausées. Quant au cannabidiol (CBD), il agit au niveau du système immunitaire grâce à des propriétés anti-inflammatoires. Il possède un effet calmant et on le suspecte de contrer le caractère psychotique du THC. Si ces deux molécules sont les plus connues, elles ne sont pas les seules substances actives de la plante. Le cannabis contient plusieurs centaines de composants chimiques, dont plus de cent cannabinoïdes, mais aussi d’autres principes actifs comme les terpènes.

Le mécanisme thérapeutique de ces substances a interpellé le monde médical. «Ce sont les multi-effets qui sont intéressants dans le cannabis, explique la Pre Barbara Broers, responsable de l’Unité des dépendances aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Prenons un patient avec la maladie d’Alzheimer: il souffre de rigidité musculaire et de démence, mange peu et a des troubles du comportement. Le cannabis va agir sur tous ces symptômes.» En Suisse, le cannabis peut être prescrit par le médecin sur autorisation spéciale de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), sous forme de gélules, de solution alcoolisée ou de spray. Il est principalement utilisé dans le cas de douleurs chroniques, d’effets secondaires d’une chimiothérapie ou de spasmes dus à des maladies neurologiques.

Entre espoir et réalité

D’après la littérature scientifique, c’est sur les douleurs neuropathiques (à savoir quand les nerfs sont atteints) et les douleurs chroniques que le cannabis est le plus efficace. «Le terme de douleur chronique est utilisé pour désigner des maux réfractaires aux traitements et durant depuis plusieurs mois», définit la Dre Marie Besson, responsable de l’Unité de psychopharmacologie clinique des HUG. Pour les patients concernés, rien ne semble les soulager. Ils sont souvent traités avec des opioïdes, qui entraînent des effets secondaires tels que nausées, vomissements, constipation et cauchemars. «Ces médicaments ont été étudiés pour être utilisés sur un laps de temps restreint, ajoute la Dre Besson. Nous ne connaissons pas les conséquences de leur utilisation sur plusieurs années et leur sécurité sur le long terme est remise en question.» Sans compter que ces substances rendent dépendants les patients qui en prennent régulièrement. Face à cette situation complexe, certains médecins se tournent vers le cannabis pour diminuer la dose d’opioïdes de leurs patients et améliorer leur situation.

Victime de son succès, le cannabis est fréquemment abordé en consultation par les patients eux-mêmes. De la femme d’un certain âge au jeune adolescent, la plupart sont en situation d’échec thérapeutique pour leurs douleurs chroniques. «Certains patients envisagent le cannabis comme une solution miracle, sourit la Dre Valérie Piguet, responsable du Centre multidisciplinaire pour l’évaluation et le traitement de la douleur aux HUG. J’essaie de freiner leurs espoirs. Les métanalyses ont montré que seul un patient sur vingt voit ses douleurs diminuer de 50 % avec la prise de cannabis, et un patient sur onze observe une diminution de 30 %.» Impossible donc pour les médecins de garantir le résultat. Le médicament est testé à faible dose, puis augmenté petit à petit. Il n’est toutefois jamais prescrit seul, mais en complément de prises en charge physiques ou psychologiques. Quand les douleurs s’estompent, la dose d’opioïdes peut être diminuée. Si aucun résultat n’est observable au bout de quelques mois, le traitement est interrompu.

Cadre légal en évolution

Une autre raison d’arrêter le traitement est la manifestation d’effets secondaires. «Chez certains, les effets psychiques induits par le THC sont difficilement supportables, témoigne la Dre Piguet, qui prescrit le cannabis pour le traitement de la douleur chronique depuis deux ans. Les patients peuvent être désorientés, euphoriques ou au contraire dans un état d’anxiété pouvant aller jusqu’à la crise de panique. Quelques-uns ont souhaité arrêter le traitement car ils ne se sentaient plus eux-mêmes.» C’est pour éviter cet écueil que la prise de cannabis à usage thérapeutique est faite de façon progressive et contrôlée. A noter qu’il existe des interactions avec certains médicaments et que les cannabinoïdes sont déconseillés chez les personnes exerçant un métier demandant une forte concentration, comme pilote de ligne ou conducteur de bus.

Ce sont ces effets psychoactifs qui classent le cannabis comme une drogue. En Suisse, les préparations contenant plus de 1 % de THC sont soumises à la loi sur les stupéfiants. La seule exception concerne le médicament nommé Sativex lorsqu’il est utilisé contre la spasticité, un des symptômes de la sclérose en plaques. En dehors de cette indication, l’autorisation de l’OFSP est nécessaire pour prescrire le cannabis. Du côté des assurances, certaines acceptent de rembourser, d’autres n’entrent pas en matière.

«Beaucoup de médecins ne sont pas à l’aise avec le cannabis en raison du cadre légal, raconte la Pre Broers. Les mentalités sont toutefois en train de changer, car on remarque que cette substance n’entraîne pas de risque d’overdose et a un faible potentiel de dépendance.» Alors que certains demandent d’attendre les preuves scientifiques de l’efficacité du cannabis, d’autres préfèrent accompagner les patients qui le demandent. «Il est mieux de faire un essai cadré que de laisser les patients se fournir sur le marché noir avec des produits non-contrôlés», argumente la Dre Piguet. Cet été, le Conseil fédéral a ouvert un projet de consultation visant à autoriser la commercialisation du cannabis à usage médical. Tout comme pour les médecins et les patients, les mentalités des politiques semblent évoluer vers plus de libéralisation.

Paru dans Générations, Hors-série « Se soigner autrement – Gros plan sur la médecine intégrative », Octobre 2019.

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