Pour une offensive antiprohibitionniste


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En 1970 déjà, c’est en catimini, le 31 décembre, qu’une poignée de député(e)s votèrent la loi désormais contestée sur les stupéfiants, sans autre forme de débat.

 

cannabis-40-ans-de-malentendus-volume-2-Petite histoire de la prohibition à la française © Jean-Pierre Galland/Elvire Jean

 

Proposée par le progressiste ministre de l’Intérieur de l’époque, M. Raymond Marcellin, fonctionnaire zélé du régime de Vichy et par la suite proche de M. Pompidou, cette mesure intégrait parfaitement le dispositif des lois « anti-casseurs » destinées à lutter contre les velléités révolutionnaires d’une partie de la jeunesse d’alors.

 

Durant ce dernier demi-siècle, nombre d’aménagements en modifièrent le contenu pour en aggraver les peines ou créer de nouveaux délits, la plupart du temps dans un contexte émotionnel intense dépourvu de toute argumentation rationnelle. Ainsi fut notamment adopté le texte dit « loi Marilou » suite à un accident de la route ayant entrainé le décès d’une enfant, le conducteur ayant été révélé positif au cannabis. Désormais la seule présence de traces de cannabis suffit à considérer l’automobiliste incapable de conduire en dépit de la plupart des études menées sur ce sujet.

En matière de drogues, il semble apparaitre qu’aucune place ne soit accordée à la discussion et à la raison. Tout est bon pourvu qu’on abonde dans le sens de la pensée dominante qui considère l’usage de certaines substances psychotropes au mieux comme une pathologie qu’il faut soigner contre la volonté même des individus, au pire comme un vice qu’il faut purement et simplement éradiquer. Afin d’éviter toute contestation, le législateur ajouta dès le début, la notion de « provocation  à l’usage » et de « présentation sous un jour favorable » des stupéfiants, délit pouvant être poursuivi sans qu’il ne soit suivi d’effet, un comble !

À aucun moment donc, les piètres résultats du dispositif répressif ne furent réellement dénoncés si ce n’est à l’occasion de rapports ministériels aussitôt enterrés. Ce fut le cas en 1978 avec le rapport Pelletier, en 1990 et le rapport Trautman, en 1995 avec celui du Pr Henrion, en 1997 enfin avec le rapport du Pr Roques. D’autres parutions d’institutions à valeur « consultatives » parvenant aux mêmes conclusions réformatrices connurent un « succès » identique.

Il semble qu’aucun document, aucune étude, aucune expérience révélant le total échec du dogme prohibitionniste n’ait jamais pu le remettre en question. En tout cas dans l’esprit des décideurs politiques pour lesquels le thème des drogues s’est toujours accordé avec celui de la sécurité, depuis peu avec la santé, de façon récurrente à l’approche du renouvellement de leur mandat. Ils/elles sont ainsi nombreux(euses) à s’être fait(e) élire par ce biais sans avoir jamais cependant eu à rendre de compte. C’est pourtant ce que l’on demande aux élu(e)s, des résultats…

Les peines visant les usagers des drogues illicites et notamment ceux de la plus populaire d’entre elle, le chanvre/cannabis ont donc été renforcées, particulièrement dans les années 90. De nouveaux textes ont ajouté des peines aux peines, parfois consécutivement. Ainsi au délit de conduite sous l’emprise de drogue, suit le retrait du permis, la perte d’un emploi sans parler des conflits familiaux potentiels.

Dans la même confidentialité qu’il y a 46 ans, nos législateur(trice)s viennent d’adopter un amendement dans le cadre de la loi cyniquement baptisée « Égalité et citoyenneté », texte prévoyant que « le contrat de location est résilié de plein droit à la demande du bailleur, lorsque le locataire ou l’un des occupants du logement a fait l’objet d’une condamnation passée en force de chose jugée » pour trafic, vente, achat ou usage de drogue, en vertu des article  222-34 à 222-39 du code pénal. Ainsi toute personne impliquée et condamnée pour des faits liés à une ILS (infraction à la législation sur les stupéfiants) peut perdre, ainsi que ces proches, famille ou hébergeur, son logement.

Nous atteignons là un niveau de violence et d’ignominie avec la déchéance des Droits les plus élémentaires nous amenant à nous interroger sur les prochaines étapes à venir. L’interdiction de l’accès à l’éducation pour les enfants d’usagers de drogues ? Aux cantines scolaires ? Aux services et prestations sociales comme cela a vraisemblablement déjà été suggéré ? À l’emploi ? À des travaux forcés pourquoi pas ? Nous ne sommes pas à une régression prêt.

La situation est d’autant plus préoccupante qu’elle survient alors qu’un vaste mouvement international visant à abandonner le « tout-répressif » s’est amorcé, en Amérique notamment. Au sud, l’Uruguay est devenu le premier pays à légaliser l’usage récréatif et thérapeutique du chanvre/cannabis tandis que d’autres semble prêts à lui emboîter le pas. Au printemps 2017 un éminent membre du G7, le Canada, fera de même.

Aux USA, ce sont plus de la moitié des États qui ont légiféré l’usage thérapeutique et près d’une dizaine la filière récréative, dont le plus emblématique, la Californie. Un mouvement de cette ampleur ne semble pas prêt à disparaitre. Les résultats positifs que ses partisans annonçaient n’ont pas tarder à se faire sentir, mécaniquement. La criminalité artificiellement générée par le loi a de fait disparu. Les dealer(euse)s d’antan sont devenu(e)s d’honorables commerçant(e)s possédant des licences.

 

Chacun(e)s dans cette filière florissante paye des taxes venant combler les déficits des États concernés. Aux bénéfices financiers viennent s’ajouter les économies réalisées depuis la suppression des budgets alloués à la répression. La chute de la population carcérale n’est pas négligeable, pas plus que la sur-représentation de certaines minorités, mais gageons que la police nord-américaine trouvera toujours de nouveaux prétextes pour s’en prendre à elles.

En Europe en général et en France en particulier, le débat finira par se produire. Négligemment présenté comme un « marronnier électoral » par ses détracteur(trice)s, il n’en est pas moins un sujet des plus grave de notre société. Son implication dans de nombreux secteurs comme celui de la Santé, de la Justice, de la Sécurité et de la cohésion sociale en font un des thème majeur que nos prétendant(e)s à des mandats politiques se devraient d’aborder avec tout le sérieux nécessaire.

 

En l’absence d’initiatives de leur part, c’est à la société civile que revient ce rôle. Aux organisations et mouvements directement ou non impliqués dans ce sujet. Aux associations d’usagers, de soignant(e)s, humanistes aussi, avec une ouverture aux personnalités politiques disposées à collaborer ensemble en dépit de leurs divergences idéologiques.

Un tel groupe nécessiterait la nomination d’un(e) représentant(e), d’un porte-parole capable de suscité l’adhésion d’un grand nombre. Quelqu’un(e) d’impartial(e) parfaitement au faîte du sujet et compétent(e). Une perle rare que le collectif qui commence à se mettre en place aura fort à faire à désigner.

C’est à ce projet qu’il faut désormais s’atteler pour en finir avec l’idéologie prohibitionniste.

 
Par KShoo
 
 


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Salut et merci pour le partage.

Les différents exemples d’évolution du statut légal ou médical du canna chez les voisins européens (Espagne, Italie, Allemagne, Pays Bas, UK, Rep. Tchèque, Suisse … sans oublier l’exemple sous exploité du Portugal) montrent bien que le problème de la France vient essentiellement des mentalités agressives, aveugles, hypocrites et égoïstes de la part des partisans de la prohibition.

Mais le canna étant aujourd’hui largement présent dans toutes les couches de la société, voir banalisé (à tord), j’ai l’impression qu’il devient de plus plus difficile pour eux de justifier cette mentalité.
D’ailleurs ce sondage IFOP d’avril 2016 montrent que l’opinion publique commence à évoluer, comme quoi tout arrive.

cannabis_sondage_avril2016_3.png
 

 

Un des commentaires de l’article cherche d'ailleurs à expliquer le rapport de force :


L'hypocrisie concernant le canabis est hallucinant ( bien plus que le canabis lui même dureste ).

Voilà des politiques qui, ne cracheront pas sur un bon bordeaux, dont certains ont les vaisseaux sanguins cherchant l'oxygène tant leurs nez sont cyanosés, réglementent sur le canabis et les cigarettes qui font rire pour le bien de notre santé. Déjà là, on sent le ridicule pointer mais derrière ce ridicule, comme souvent devant tant de prévenance à notre bien être se profile la vraie raison de la prohibition qui n'est autre que la morale du méritant opposée à celui qui oserait penser que la vie n'est pas faite pour en chier mais pour en jouir.

Le méritant, lui, fait sacrifice tous les jours; il se lève tôt le matin et part gagner durement sa vie pendant que les fainéants se la coulent douce. C'est à la sueur de son front qu'il courbe l'échine pour mériter de son salaire que lui octroie son maitre qui n'aime pas les tire-au-flancs qui n'en demandent pas tant et qui se contenteraient de peu pourvu que ce soit chouette. Le cul serré, le forçat du mérite agricole ou industriel est comme le croyant, il pense que le paradis du consommateur-producteur ne se gagne pas sous la patte d'un cheval et qu'il faut en chier pour y avoir sa place. Il ne serait donc pas normal que ces moins que rien de fumeurs de pétards y aient leur entrée autrement.

La vie, pour le méritant, c'est comme les jeux olympiques. Il transforme le toujours plus haut, plus loin, plus vite par toujours produire plus, plus vite et moins cher. Il n'y gagne jamais l'or mais c'est pas grave, l'important est de participer lui dit le MEDEF. Problème :

Aujourd'hui, le travail se raréfiant, le chichon est devenu un marché clandestin qui fournit les subsides à une population qui ne se contente pas de la paix sociale achetée à coup de RSA. Il génère des revenus conséquents qui, à bien regarder, soulagent le traitement social en bien des cas. Commode car en restant illégal, il suffit de fermer les yeux quand c'est nécessaire mais de les ouvrir quand il devient un problème, il permet de jouer sur les deux tableaux. Proclamer sa prohibition et sa répression pour conforter le méritant et laisser courir dans l'ombre dans la mesure de l'acceptable pour ne pas le froisser et l'entretenir dans sa croyance du paradis des producteurs-consommateurs. Il faut admettre que sans ce trafic, il faudrait ponctionner un peu plus le galérien des 39 heures payées 35 pour remplacer le manque à gagner sans lequel la société deviendrait explosive.

La solution ?

Donner du travail à tout lemonde environ 30 heures par semaine ( ou moins ) lui laissant le reste pour ses bédots hebdomadaires que chacun pourrait accompagner d'un bon St Emilion pendant les repas et avec modération si c'est un pote. Tout le monde aurait un salaire et le trafic s'amoindrirait, garantissant une paix sociale royale et le pays redeviendrait tranquille surtout dans certains quartiers de Marseille.

Bon, je peaufine mon programme et soumettrai peut être un jour ma candidature aux élections mais il faudra que les législateurs soient bourrés pour que j'ai une chance d'avoir les signatures pour mon parrainage.

 

 
On va quand même le mettre en contraste avec un autre commentaire de l’article, d’un probable opposant cette fois, enfin ça se comprend comme ça!
Vu le niveau, il est légitime de se demander si ça ne serait pas plutôt un troll.
 

03/12/2016 23:17 Par misanthrope.34
C'est bien vrai la drogue ça ne rend pas plus cons les abrutis mais c'est dangereux pour ceux qui les croisent . Je regrette d'avoir lu ce tissu d'âneries , vous n'avez pas honte  ce sont de vrais discours d'ivrognes , vous êtes sans doute chargés , ne prenez surtout pas le volant, vous risquez le massacre . Fumer ou se piquer ne rend pas intelligent,( je suis resté poli),  bande de crétins!

 


Maintenant, les partisans français d’une évolution de la loi sont bridés par la menace que de la « provocation  à l’usage » et de « présentation sous un jour favorable » des stupéfiants.

Alors je pose la question : en tant que consommateurs ou cultivateurs, donc directement et personnellement liés au sujet, et en considérant les risques actuels, comment participer à une « offensive antiprohibitionniste » que la société civile devrait aborder?
 
En parler autour de soi? Oui, mais à des personnes qui sont déjà suffisamment ouverte pour l’entendre…
Ceux qui ont tenté les Cannabis Socials Clubs étaient courageux, mais ça c’est pas vraiment bien fini.

Vivons heureux, ne vivons pas cachés OK, mais tâchons de rester libre.

Personnellement je trouve que toutes les drogues prohibées soient accessibles en pharmacie sous suivi médical aurait du sens.
Tout comme l’interdiction de la vente d’alcools forts en grande surface mais plutôt chez des commerçants sous licence.

 

Peace

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Salut à tous !

 

Ahh Mediapart... Que ferais je sans eux ?

 

Encore merci a mr.Polo de poster tout les jours des bulletins d'infos.

 

Cet article, très bien écrit, démonte encore une fois les prohibitionnistes, un Nième cris de rage face à l'injustice restera inaudible pour les premiers concernés.

Je suis arrivé à la même pensée finale  que le journaliste, on a besoin d'un homme providentiel. Quelqu'un qui sur un plateau télé n'hésiterai pas à ridiculiser le patron du syndicat de police qui demandent plus de moyens pour éradiquer le traffic (on veut la guere, on veut la guerre, on veut la guerre...)

Un mec qui servirait un bon verre de villageoise à ce bon vieux professeur constentin....

 

Je suis arrivé à cette conclusion en me questionnant sur le CIRC d'ailleurs. J'aime beaucoup mr. Galland pour son combat, j'ai tout ses bouquins qui sont remplis de documents géniaux et qui donnent vraiment un contre courant à l'histoire officiel et qui plus est m'a donné envie de pousser un peu plus loin mes propres recherches et donc a grandement participer à me forger mon avis personnel sur le sujet.

Néanmoins, je me suis demandé, est-ce que le CIRC sert plus qu'il ne nuit ?

 

Pour ma part, je me dis que l'image que renvoit le CIRC ne fait malheureusement, aujourd'hui, pas sérieux. A l'heure ou la forme est plus puissante que le fond, l'imagerie hippie soixante huitard ne permet pas de convaincre et d'ouvrir le dialogue.

 

Alors je sais que c'est peut etre un peu dure, et je suis pas la pour casser les "anciens". Le CIRC a été le seul à se battre pendant près de 30 ans et ce sont eux qui se sont manger procès sur procès. 

Je pense qu'il faudrait qu'on s'organise, quand on voit les chiffres (1.5 millions de consommateurs selon la police :) )je me dis qu'on pourrait peser. Quand je vois tout se monde pour la manif pour tous (d'abord je pleure) j'aimerais bien voir ça pour une cause juste !

 

Si on veut que ça soit fait (la légalisation) et bien fait, il faut impsoer le débat et prendre part à ce dernier. Ici il n'y a que des passionnés, Vous etes tous les experts francais en la matière. Vous devez parler pour vous et ne pas attendre que l'appat du gain face basculer notre belle république.

Le problème de santé publique ils n'en n'ont rien a cirer et vous le savez parfaitement. 

 

Alors je rejoint mangodisco, se mobiliser c'est commencer à en parler autour de vous,  au boulot, en famille ... etc. 

 

"Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde" .... Gandhi

 

Peace

 

 

Punkindrublic

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